Alors que les festivals prennent de plus en plus d’engagements environnementaux et sociaux, on a échangé avec Marion Toche, coordinatrice RSO du festival Les Nuits Secrètes. On y aborde leurs engagements déployés sur l’édition 2022, qu’on vous invite à découvrir dès maintenant !

Bonjour Marion, peux-tu te présenter, ainsi que ta fonction au sein des Nuits Secrètes ?


Bonjour ! Je m’appelle Marion Toche, et je travaille pour l’association Les Nuits Secrètes en tant que collaboratrice missionnée, en tant qu’indépendante, et ce depuis plusieurs années. J’ai eu plusieurs casquettes, et la plus récente consiste à coordonner notre démarche responsable et durable. En fait, l’association a pris en compte, dans une démarche volontaire, dans tous ses projets et activités les sujets éthiques, économiques, sociaux, ou encore environnementaux. Mon rôle est de travailler avec l’ensemble des équipes, afin qu’on se répartisse tous les sujets, les coordonnées, de nous assurer que l’on respecte tous nos engagements, et que l’on s’améliore chaque année.

Quels sont les critères pour être « un festival durable » ?


Je pense qu’il faut mettre en place des actions, qui ont un impact sur le plan social et sociétal, mais qui ont aussi un impact pour limiter les émissions des gaz à effet de serre, ou sur l’environnement. Ce sont les principaux critères qu’on va pouvoir afficher et affirmer. Je pense qu’il faut déterminer des objectifs, des engagements, et accepter de travailler dans une démarche d’amélioration continue. Il faut également faire preuve de transparence, sur tout ce qu’on mène à bien petit à petit.

Quelles sont les actions marquantes faites par les Nuits Secrètes ces dernières années ?


Alors on a profité de ces malheureuses années blanches liées à la pandémie pour structurer notre démarche, et remettre à plat nos engagements. Dans les engagements que nous avons pris, il y en a un qui me paraît plus important qu’un autre, dans ces actions qui nous permettent de réduire notre empreinte carbone. Nous avons pris la décision cette année de réduire l’offre de plats carnés, aussi bien pour les catering (pour les bénévoles, techniciens, artistes…) qu’aux stands de restauration.

On travaille dans l’idée de réduire la proposition de plats carnés, et de ne punir personne évidemment. L’alimentation est le deuxième poste d’émission de gaz à effet de serre pour un festival, après les transports. On s’est attaché à travailler avec tous les restaurateurs à la rédaction de critères spécifiques pour intégrer notre offre Food. Cette année, il y a un certain nombre de critères comme « Avoir au moins une offre de plat végétarien », « sourcer à minima 30% de produits dits résonnés », ou encore « Proposer des contenants 100% compostables ». Ca fait parti des nouveautés de nos nouveaux engagements. Forcément on vise sur la durée, donc ça va s’élargir d’année en année !

Et les prochaines ?


Ca serait d’avoir des objectifs chiffrés. Quand on parlait de pourcentage, ou de données, on aimerait travailler celles du festival. D’autre part, il faut aussi travailler l’approvisionnement des produits, et limiter l’import de l’Asie et autres. L’objectif c’est, à moyen terme, de rassembler les restaurateurs et les fournisseurs autour de la table, et de pouvoir trouver un équilibre afin de s’approvisionner au maximum en local. Dans l’Avesnois on a de magnifiques producteurs, il est donc important de les mettre en avant et de travailler avec eux.

Il faut qu’on puisse exposer les contraintes de tout à chacun, et qu’on puisse trouver un terrain d’entente progressivement. On doit absolument travailler de cette manière là, pour n’exclure et ne punir personne, et afin d’évoluer au mieux sur la restauration. A moyen-long terme, c’est de pousser au maximum la restauration avec l’offre végétarienne, mais aussi de pousser le local, avec des produits de la région, le tout avec des tarifs régulés.

Vous avez été labellisés « Quality Night Event ». Peux tu nous décrire ce label et en quoi il consiste ?


Alors il s’agit d’un label belge, soutenu par l’association de prévention contre les risques en milieu festif, Spiritek. Ce label comporte plusieurs critères. Parmi les principaux, il y a le fait de d’avoir des accès à l’eau potable gratuits. Il y a aussi le fait de proposer gratuitement tout ce qui est bouchons d’oreilles, préservatifs, éthylotest.

Pour en savoir plus sur le label Quality Night Events, ça se passe ici !

Quand on l’a reçu, ça n’a pas été réellement une énorme fierté. En fait, c’est des choses qu’on fait et propose depuis très longtemps. Donc finalement, quand on a découvert ce label en parlant avec Spiritek, avec qui on est partenaire depuis très longtemps, c’est venu assez naturellement. On n’a pas attendu d’obtenir le label pour proposer tout ça ! Ca fait très longtemps qu’on travaille sur la prévention des risques en milieu festif. On a d’ailleurs décidé de renforcer cette année la lutte contre les violences sexistes et sexuelles.

Comment appréhendez-vous le phénomène des piqûres sauvages, ou encore de la drogue dans les conso ?


C’est un phénomène sur lequel on reste vigilent depuis son apparition. On est plutôt rassuré, car ce n’est pas du tout exponentiel. C’est une nouvelle façon malheureuse de faire peur aux publics d’évènements. En tout cas, c’est un phénomène qui reste mineur et heureusement.

C’est un élément qui rentre complétement dans le cadre de notre dispositif de prévention. On ne traite pas ce sujet d’une manière différente, ça reste une agression potentielle. Notre protocole intègre pleinement cette problématique. Je vais vous présenter notre protocole, et comment nous, organisateurs de festivals, nous prenons en compte les risques sur la manifestation et comment on prévient ces risques. Il y a 3 points clés :

  • La formation des bénévoles. Cette année on a vraiment mis le point sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles. Ce sont nos valeurs, et on a envie de les défendre. Danser libre en festival. On souhaite le garantir à notre public.

Pour rejoindre l’équipe des bénévoles des Nuits Secrètes, cliquez ici !

  • Prévenir. Comment on prévient au maximum ? On met des campagnes de prévention et sensibilisation à destination de l’ensemble du public. En amont, grâce à une communication dédiée sur nos réseaux sociaux, mais aussi sur le festival avec différents messages. On rappelle des messages bienveillants également, car il faut un climat de bienveillance sur les Nuits Secrètes. Dans les zones de passage ou dites « à risques », on rappelle la loi concernant les violences sexistes et sexuelles. On rappelle ce qui est autorisé et ce qui ne l’est pas. Petit à petit on refait de la pédagogie, on sensibilise. Toutes ces actions appellent à un climat de bienveillance, et surtout ce sont des actions dissuasives, bien qu’elles ne le soient pas à 100%.

 

  • La prise en charge. On a un protocole spécifique, qui est coordonné avec nos équipes et les agents de sécurité. Cette année on a remporté le dispositif de prise en charge grâce à la présence de l’association nantaise Les Catherinettes. C’est une asso dédiée à la lutte contre les violences sexistes et sexuelles en milieu festif. Les membres de l’association sont venus dans l’année pour former nos équipes, et ils seront présents dans notre village associatif. Il y aura d’autres assos pour sensibiliser à différents thèmes.
    Il y aura également notre maraude bénévole, qui sera reconnaissable avec les chasubles violets. C’est important d’avoir un dispositif humain mobile. On travaille également avec Safer, une appli qui permet de scanner des faits dont vous pourriez être témoin ou victime, grâce à un système de géolocalisation. Les faits sont remontés à nos équipes bénévoles en maraude ou aux agents de sécurité. Enfin, on affiche une ligne téléphonique disponible 24h/24h, pour tout problème.

Je pense qu’avec tous ces dispositifs, on devrait réduire au maximum les risques. On espère évidemment que ces actions soient très dissuasives. C’est avec l’ensemble de ces éléments réunis qu’on va se dire qu’on peut passer un bon festival.

Qu’est ce que tu dirais aux gens pour les inciter à s’engager en tant que bénévole sur un festival ?


Ce que je retiendrais, et l’élément que je pousserai, c’est que c’est une très belle aventure humaine. Qu’on soit là une semaine ou même trois jours, et au delà du fait qu’on puisse profiter du festival en dehors de ses heures de bénévolat, on participe à un projet collectif. Cette énergie collective elle devient une expérience assez singulière, et peut devenir assez formatrice. Mais au delà, cela permet de surtout créer de nouvelles rencontres et relations, et je pense que c’est surtout sur ce point là que l’expérience est intéressante et belle.

Selon toi, à l’avenir, tous les festivals devront répondre à des engagements RSO* ?


D’après moi, la réponse est oui. D’une certaine manière, j’ai le sentiment que nous n’aurons pas le choix, et c’est surtout une responsabilité qui nous concerne tous. Ce qui est très clair, c’est qu’à notre niveau, quand on prend la mesure de l’impact de ces actions, elles ont énormément de valeur. Et j’inviterai chacun à prendre part à ces démarches.

Il va falloir rendre ces évènements plus sobres. Les organisateurs de festivals vont devoir se retrousser les manches, baisser les empreintes carbone. Cela veut dire qu’il va falloir faire des compromis. Ca veut dire réduire un certain nombre d’éléments. S’engager comme on le fait aujourd’hui, et je le dis avec beaucoup d’humilité, c’est aussi pour nous préserver des emplois, et préserver l’existence même du festival à moyen et long terme.

*RSE : Responsabilité Sociétale des Organisations

On vous recommande fortement de lire cet article du journal Le Monde sur la course au gigantisme des festivals.

Festival Lollapalooza Paris

Est-ce que toi et ton équipe, vous avez ressenti une évolution de l’attente des festivaliers sur ces engagements RSO ?


C’est quelque chose qu’on a du mal à évaluer aujourd’hui. Ce sont des choses qu’on va travailler, pour voir ensuite la perception du public. On va mettre en place quelques questionnaires à l’issu de l’évènement, et on espère que les gens y répondront en toute transparence. Après il y a un indicateur que je trouve très encourageant et très positif; l’ensemble des communications qu’on fait sur ces sujets là, notamment en digital via les réseaux sociaux, sont très bien perçus ! Ca nous fait penser que ce sont des actions qui comptent pour notre public, et ça nous encourage à aller plus loin.

Le festival démarre ce week-end ! Un mot pour les plus de 50 000 festivaliers qui vont arriver ?


Bienvenue ça serait mon premier mot. Prenez un maximum de plaisir sur ces 3 jours, c’est le plus important sur Les Nuits Secrètes ! Toute l’équipe du festival est présente pour vous, et on espère que notre travail vous plaira.

On espère que ce format d’interview vous aura plu, et on remercie grandement Marion Toche pour son temps et les réponses qu’elle nous a accordé. Rendez-vous aux Nuits Secrètes ce week-end, et n’oubliez pas, il est important de soutenir les festivals indépendants !

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer