A l’occasion de son nouvel album, Kungs nous a reçu à son studio parisien, pour le rencontrer et faire cette interview. Le jeune producteur revient sur les 10 ans de « This Girl », sa relation avec Boyz Noize, et forcément de son prochain album « Out Loud » !

Salut Kungs, est-ce que tu peux te présenter en quelques mots ?
Je suis un DJ et producteur de musique électronique, avec des influences disco, soul, et funk. Je fais ce métier depuis 10 ans maintenant !

« This Girl » fête également ses 10 ans cette année. Tu t’attendais à un tel succès sur ce titre ?
Non, pas du tout ! C’est un morceau que j’ai fait de manière totalement naïve et spontanée, quand j’avais 18 ans, dans ma chambre à Aix-En-Provence. Jamais j’aurais imaginé que ça fasse quelque chose d’aussi énorme. Mais je pense qu’on ne peut pas imaginer ça. On rêve toujours qu’un morceau rencontre le succès, mais à ce point-là c’était vraiment inattendu !
Et qu’est ce qu’il se passe dans ta tête à ce moment là ?
Beaucoup d’euphorie. C’est vrai que c’était assez fou. J’ouvrais les fenêtres de mon appart’, et j’entendais une voiture passer avec « This Girl » à fond. Je passais devant un resto, c’était « This Girl« . Donc j’ai vraiment vu le titre se propager partout. Et puis j’ai commencé à être sollicité un peu partout dans le monde, avec par exemple l’Ultra Music Festival de Miami ou bien Coachella. C’était super intense !
Mais je pense que c’était très tôt pour moi. J’avais pas suffisamment d’expérience, et suffisamment confiance en moi pour en profiter à fond, sans que ce soit compliqué à vivre. J’avais le syndrome de l’imposteur, parce que je n’avais qu’un énorme hit et j’étais booké partout. Il fallait que je fasse un set autour de « This Girl« . Et c’est dur de faire un set entier autour d’un seul morceau connu.
Donc c’était génial, j’ai pu faire des dates de ouf, et j’ai fait pleins de fois le tour du monde grâce à ça. Mais en même temps, je me disais que je profiterai encore plus le jour où j’aurai sorti encore plus de musique. Et qu’avec ça je pourrais faire un show 100% avec ma musique, dans lequel je me sentirais totalement à l’aise. C’est ce que je prépare pour mon Zénith de Paris !

Lequel de tes titres tu ferais écouter à quelqu’un qui ne te connaît pas ?
En parlant de ce nouvel album : c’est quoi l’inspiration derrière ce projet ?
C’est un peu la suite de mon dernier album « Club Azur« . Peut-être avec un peu plus de maturité, car il y a eu 4 ans entre les deux projets. C’est un mélange entre des morceaux que j’ai fait très récemment, et aussi des morceaux que j’ai commencé il y a plusieurs années. Par exemple « Galaxy » avec Theophilus London, j’ai l’instru depuis très longtemps dans mon ordi.
D’un côté, j’ai bossé avec les mêmes personnes qu’avant. C’est à dire avec Andrea de Mind Entreprises, qui est un pote que j’avais samplé sur « Never Going Home » à l’époque. Ensuite on a passé du temps en studio, et on a fait plein de morceaux ensemble comme « Lipstick« , « Substitution » ou plus récemment « Galaxy« . On est vachement créatif ensemble. Donc j’ai bossé avec lui, mais aussi avec des nouveaux artistes comme Chanel Tres, ou le duo américain Good Times Ahead. Cet album, c’est une compilation de tous les morceaux que j’ai commencé ces 4 dernières années, et que j’ai terminé et abouti. Mais surtout c’est mes préférés !
Comme tu l’as souligné, on sent plus de maturité sur l’album. Sur chacun de tes projet, on sent une pate différente. C’est quelque chose de voulu ?
Il y a plusieurs choses qui sont importantes pour moi. La première, c’est de faire la musique la plus intemporelle possible. J’ai pas envie de me dire dans 10 ans « Il a un peu mal vieilli ce morceau« . Quand je réécoute « This Girl » aujourd’hui, je n’ai pas l’impression qu’il est rattaché à une mode ou à une trend. Ce qui fait qu’aujourd’hui il ne semble pas démodé, il traverse les époques. Il plaît autant à des jeunes qu’à des ‘moins jeunes‘ ; c’est multigénérationnel.
Autre chose qui est importante pour moi, c’est de faire évoluer ma musique, mais sans perdre les gens et sans trahir qui je suis et ce que je souhaite proposer. C’est dur parce que je trouve que je rentre dans une phase, après 10 ans de musique, où je dois aussi réfléchir à ce que j’ai sorti avant pour faire de la nouvelle musique. Alors que dans les premières années, c’était juste marrant. Je faisais de la musique sans vraiment réfléchir. Mais aujourd’hui, je souhaite garder une cohérence, et construire quelque chose sur plusieurs années. Il faut aussi passer par des phases d’exploration. J’ai testé des trucs qui ne me ressemblent pas du tout. Et c’est bien aussi de tester et de se rendre compte quand tu prends le mauvais chemin.
Donc le plus important pour moi, c’est de faire quelque chose qui me ressemble à l’instant T. Je veux faire évoluer ma musique, mais je veux qu’on reconnaisse ma musique.

Sur « Out Loud« , tu as réussi à ramener de beaux artistes comme Boys Noize. Comme s’est faite la connexion avec ?
On s’est rencontré un peu par hasard. Sur l’album précédent « Club Azur« , j’ai été mis en relation avec lui pour faire un travail de mix. J’ai envoyé un mail à Alex (Boys Noize) pour lui envoyer ma musique. Et il m’a répondu qu’il trouvait ça vraiment cool ! En plus c’était pendant le CoVid, donc il avait du temps. Il a commencé à bosser sur « Never Going Home« , puis sur les autres. Et ça a été vraiment un coup de foudre musical. Et même amical, puisqu’on a passé ensuite 15 jours ensemble à Berlin pour mixer « Club Azur« . On en a profité pour travailler sur « Fashion » qu’on a sorti sur l’album.
Je pense qu’on se complète vachement bien lui et moi. Boys Noize, il a ce côté techno un peu à l’allemande : un peu froide et qui cogne. Et moi j’ai ce truc beaucoup plus « happy« , positif et très pop. Et le petit côté French Touch. Il y est très sensible, car c’est un fan absolu de Ed Banger, Daft Punk, etc. Quand on est ensemble au studio, c’est hyper enrichissant. Dans son studio, il a toutes les machines qu’on pourrait imaginer. On a démarré avec un travail de mix ensemble, et finalement c’est une relation qui dure et qui est vachement vertueuse !
Quel est le titre que tu as préféré produire sur ton nouvel album ?
Une nouvelle fois, j’ai envie de répondre « Get Away » ! C’est parti d’un sample qu’Alex avait trouvé. Il a une collection de vinyles énorme, et il passe son temps à en écouter. Là il écoutait un vinyle de compil’ des années 80′.
A l’époque, les DJs qui travaillaient pour les radios faisaient des vinyles avec des mash-up des tubes du moment. Et parfois tu pouvais avoir des morceaux d’a cappella qui trainaient au milieu d’autres morceaux. Sur ce vinyle c’était un a cappella de Shanon « Do You Wanna Get Away« . Il me l’a fait écouter en me disant qu’il fallait vraiment faire quelque chose avec. Moi j’avais samplé un autre truc disco par-dessus. Donc on a fait un vrai travail d’assemblage de samples, et on est parti dans un délire très French Touch et House.
J’ai commencé à le jouer un peu, et je voyais des mecs le shazamer, donc forcément c’est bon signe ! Et ensuite j’ai passé des semaines dessus à m’arracher les cheveux, parce qu’il manquait le ‘petit truc‘ pour le rendre parfait. Enfin parfait selon moi :rire:. Au final, j’ai tenté une approche Italo Disco, un style que j’adore et que j’ai vraiment développé dans « Club Azur« . J’ai mis une basse très droite, et enregistré avec le Juno que Boys Noize m’a lui-même vendu. En tout, on a dû faire une cinquantaine de versions. Mais c’est trop beau, parce qu’au final il sonne exactement comme il devrait sonner ! On comprend son influence, on comprend la mienne. C’est un vrai mélange de 2 mondes qui ne sont pas censés se croiser, mais qui finalement donne quelque chose de magnifique.

Après 2 albums, est-ce que c’est plus facile de choisir les titres qui seront sur ton projet ?
Non, c’est toujours difficile ! C’est pas facile de faire de la musique. C’est pas facile de faire des choses qui soient cohérentes. Avec le temps qui passe, c’est aussi difficile de faire les choses avec autant de passion et d’excitation qu’au début. Et justement, il faut garder un environnement créatif. Il faut continuer à digguer des vinyles, à écouter le plus de musique possible, d’acheter de nouvelles machines qui me donnent envie d’aller au studio, de me perfectionner, et de découvrir de nouvelles choses. Mais plus tu travailles avec de nouvelles machines, plus tu découvres de nouvelles façons de produire, et plus tu t’éloignes de ce que tu as fait avant. Donc c’est difficile de garder une cohérence, tout en gardant une excitation, et sans faire toujours la même chose. La sélection des tracks pour « Out Loud » n’a pas été facile !
Parfois t’écoutes un morceau, t’en es super content. Et le lendemain tu l’écoutes à nouveau, et en fait tu n’aimes pu vraiment. « Light Me Up » par exemple, c’est le premier track de l’album à être sorti. Je pensais vraiment que ça toucherait plus de monde. J’étais un peu ‘déçu‘ de voir que ça n’avait pas pris. Mais ça fait partie du jeu, et c’est ça qui m’a fait me rendre compte que les gens m’attendent plus sur des morceaux plus fédérateurs. Comme « Galaxy« , qui visiblement touche plus de monde.
Un album, c’est jamais terminé. C’est à toi de dire « stop« . Tu finis ta sélection et tu passes à autre chose, sinon c’est sans fin. Et après tu mets 4 ans à faire un album :rire:.

Il y a un titre que tu pressens devenir un hit ?
Ca, je ne m’avance plus là dessus ! Déjà, la définition du hit a changé avec les années. Un hit aujourd’hui, ça peut-être un extrait TikTok de 20 secondes qui dure 2 semaines. Ça peut être un morceau des années 80 parce qu’on l’a entendu dans une série. Donc ça ne veut plus rien dire un « hit ». Finalement, c’est peut-être un bon moment pour les artistes de s’affranchir de cette pression du hit. Ce qui est le plus payant, c’est de sortir de la musique régulièrement, et de garder cette fameuse cohérence. Je suis moins là à miser sur des titres en voulant que ça soit absolument des hits. Et puis, il y a des artistes qui n’ont jamais eu de hit, mais qui tournent toute l’année. Il n’y a plus vraiment de règle, et c’est tant mieux !
On te sent d’ailleurs moins ‘pop’. C’est une étiquette que tu cherches à éviter ?
Pas du tout. J’ai jamais essayé de provoquer des titres pop. J’aime bien le terme « crossover« . Et je pense que les plus beaux morceaux pop sont des morceaux qui n’étaient pas destinés à être pop au début. J’en reviens toujours à « This Girl« , mais c’est un morceau chelou. Il n’y a pas de refrain, et d’un coup ça s’arrête, puis il y a une trompette. Donc sur le papier c’est bizarre. Mais c’est ça qui rend le morceau séduisant et qui donne envie de le réécouter. C’est ça qui le rend « pop« , il touche tout le monde, et c’est ça qui est beau.
Je reçois en permanence des mails d’artistes ou d’agents : « J’ai cette topline « super pop », qu’est-ce que tu en penses ?« . Et en fait, ça, ça me soule. J’écoute la démo, ça ne me touche pas du tout. C’est toujours les mêmes chansons, toujours les mêmes histoires. Et ça m’emmerde de faire ma musique comme ça. Ca m’intéresse pas de recevoir une topline et de construire le morceau autour. Ce qui m’intéresse, c’est plutôt d’aller chercher des émotions, des accidents. Comme « Get Away » encore une fois ! On part d’un sample, on imagine les accords autour, puis un drop ensemble. C’est ce process que j’adore, qui me fait vibrer, et que je trouve excitant. Après le process de song writing, c’est quelque chose qui m’excite moins, mais que je découvre.
Par exemple pour « Galaxy », on a vraiment pris le temps avec Theophilus London d’écrire les paroles ensemble, d’essayer de raconter quelque chose au travers d’un morceau. Donc ça c’est je pense le titre le plus « pop » de l’album. Mais ce que j’adore, c’est les crossovers. Un morceau qui m’inspire, c’est par exemple « I <3 U So » de Cassius. C’est un hymne maintenant, mais c’est quelque chose qui est vraiment différent du reste.
Tu peux nous donner 3 raisons d’écouter « Out Loud » à sa sortie ?
La première, c’est que c’est un bon album pour écouter des tracks positifs et festifs. C’est un très bon album pour faire la fête ! On a aussi fait un gros travail sur la pochette de « Out Loud« . J’en suis très fier. C’est une jolie pièce pour les collectionneurs de vinyles. Et la troisième raison, c’est qu’il faut venir le vivre en live au Zénith de Paris ! Parce que c’est ça qui est intéressant au final, c’est que de la musique qui est faite pour danser. C’est un album que j’ai réfléchi pour pouvoir le jouer en live et en club, sans avoir à faire des remixes.

Justement le Zénith ! Tu as annoncé ton premier Zénith pour le 3 avril 2026. Tu ne te sentais pas prêt ?
Oui c’est ça. C’est quelque chose que je n’ai jamais voulu faire parce que je n’avais pas suffisamment de morceaux dont j’étais fier à 100%. Oui, je suis super dur avec moi-même :rire:. Mais j’ai toujours été très auto-critique. J’aurai pu le faire largement avant, parce qu’aujourd’hui je suis en train de faire la paix avec mon premier album « Layers« . Je l’ai beaucoup boudé, parce que je l’ai fait rapidement et ce que je sors aujourd’hui sonne mieux. Mais en le réécoutant aujourd’hui, je trouve qu’il y avait de bonnes idées, et c’est un bel album ! Il a sa place, et il a marqué beaucoup de monde.
Donc j’aurai pu le faire à ce moment-là. J’aurai pu le faire aussi quand j’ai sorti « Club Azur« . Mais psychologiquement j’avais un blocage. Je pensais que je devais sortir encore plus de musique pour faire un live. Donc là avec ce troisième album, j’ai pris les 22 morceaux que je préfère dans mes 10 années de musique, et j’en ai fait un live d’une heure et demie. Ça a été super smooth. C’est un process que j’ai adoré, parce que c’est que de la musique que je kiff. Et mettre tout ça en image c’était top. Du coup je bosse avec pleins de nouvelles personnes, et je découvre comment on fait un live. C’est complétement un autre métier par rapport au DJ set. Là je pense que 10 ans de musique pour faire un live, c’est pas mal ! J’ai suffisamment de matière pour faire un truc excitant, et qui reflète qui je suis.
Et ça te stresse ?
Très :rire: ! Franchement, ça dépend des moments. J’ai envie que ce soit un super show. Puis c’est différent de se produire en club ou en festival. En festival, les gens payent pour un ticket, mais ils peuvent aller voir pleins d’artistes différents. Pour le Zénith, c’est des gens qui sortent de l’argent de leur compte en banque pour me voir MOI. Donc il faut que j’assure ! J’ai vraiment envie que les gens qui viennent s’éclatent, et profitent du show.
Quand je stresse trop, j’essaye de relativiser en me disant qu’un show, ça évolue en permanence. Et j’espère que dans 10 ans, je regarderai ce live en me disant que j’ai progressé depuis, et que j’ai ajusté des choses qui pouvaient être mieux. En attendant, je fais toujours les choses avec passion, et surtout pour le partage. Et j’espère que les gens vont le ressentir !
La billetterie pour le Zénith de Kungs est juste ici !

Tu es devenu papa il y a quelques semaines maintenant. Qu’est ce que ça a changé dans ton quotidien, et est-ce que tu appréhendes différemment ta tournée de cet été ?
Oui ça a un peu changé mon quotidien. C’est vraiment une nouvelle organisation. Après j’avais mis un gros stop dans les tournées à partir de novembre 2025 pour être là avec Ivanka, et profiter des derniers mois et être là au début. Là j’ai pris beaucoup de temps pour bosser sur le live. Donc c’est très cool, je peux bosser à la maison. J’ai aussi la chance d’avoir une femme qui est très flexible avec son emploi du temps. Avant d’avoir notre enfant, elle me suivait déjà beaucoup en tournée. Je pense qu’on pourra aussi voyager en famille un peu partout ! C’est super de pouvoir partager ça en famille.
En tournée, je suis assez anxieux. Je suis pas mal stressé avant les shows. Avoir Ivanka avec moi, ça fait relativiser et rappeler les vraies choses importantes de la vie. Ça fait presque passer les tournées en second plan, donc ça me permet de profiter vraiment du show. J’appréhende tout ça avec beaucoup de légèreté, et je pense que ça va être super !

Qu’est ce que t’écoutes en ce moment ?
En ce moment, j’écoute beaucoup un groupe australien qui s’appelle Parcels. C’est super apaisant comme musique je trouve. C’est frais, et ça rappelle un peu les années 70. Je me fais tous leurs albums en boucle !
C’est quoi ton plat préféré ?
La pizza !

Pour terminer, qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?
De pouvoir continuer de kiffer ce métier, qui est pour moi, le plus beau métier du monde. Tout simplement, continuer à produire de la musique. Et c’est déjà très sympa de me souhaiter tout ça !
On remercie énormément Kungs de nous avoir reçu dans son studio pour cette interview. Le français aura pleins d’actualité cette année, comme son 3ème album « Out Loud » qui sortira le 13 mars ainsi que son Zénith de Paris le vendredi 3 avril. Kungs sera également présent en festival !

