ANSWR, était de passage au KODZ, et on est parti à sa rencontre pour lui poser quelques questions pour cette interview ! Figure de la Hard Techno lilloise, il nous parle de ses premières dates, sa vision de l’évolution de la scène, ou encore de Kuko !

Salut ANSWR, comment est-ce que tu vas ?
Écoute, ça va super. Je joue à la maison à Lille ce soir, ça va être génial !
Est-ce que tu peux présenter ton projet pour les personnes qui ne te connaissent pas encore ?
Du coup, moi c’est ANSWR, au départ et toujours un artiste venant de Lille. Je mixe de la Hard Techno avec des sonorités épiques, nostalgiques et de gros drops.
Ton nom de scène évoque une réponse. Aujourd’hui, quelle(s) question(s) cherches-tu encore à résoudre à travers ta musique ?
C’est une question qu’on me pose très souvent. Je pense qu’aujourd’hui, je ne cherche plus à répondre à quelque chose. Le pseudo ANSWR vient du fait que j’ai vraiment eu une révélation avec le monde de la techno. De base, je suis quelqu’un qui n’était pas du tout à l’aise en soirée. Je me suis vraiment senti libéré de plein de jugements ou de choses comme ça quand j’ai commencé à sortir en soirée techno. Et ça a été vraiment une révélation ! Je me suis dit que j’avais envie d’œuvrer dans ce milieu là et de pouvoir faire ressentir aux gens ce que j’avais ressenti.

Lequel de tes titres te représente le mieux ?
Je pense que ce serait mon remix « Addicted to You ». Il y a un vocal très émotionnel, nostalgique même, et avec une force assez brute dans les drops. Au-delà de ça, il y a vraiment, dans le break, quelque chose d’assez lourd, d’assez prenant, limite poignant en fait. Et je trouve que c’est un des titres qui me représente le mieux !
Et lequel de tes titres est, selon toi, trop sous-coté ?
Dans mon tout premier EP, j’avais sorti un titre qui s’appelle « Darkness Recall ». Il est beaucoup plus mélodique que ce que j’ai pu proposer. C’est plus un titre à écouter qu’un titre à jouer en club. Et j’avoue que même en le réécoutant aujourd’hui, si on oublie le côté technique et jeune producteur que j’étais à l’époque, émotionnellement et dans la structure, je trouve qu’il y a vraiment un truc en plus ! J’aurais aimé que ça touche un peu plus de gens.
Quand tu commences à prod justement, qu’est-ce qui te vient en premier ? C’est plutôt un kick, une mélodie, une texture, une ambiance ?
J’ai essayé plein de choses. Mais maintenant, je sais que ce qui marche le mieux quand je bosse sur des tracks, c’est de partir soit d’un sample d’une voix, soit vraiment de me poser sur un synthé que je sound design. Ensuite, j’essaye de trouver des accords qui me parlent et, en général, ça commence par quelque chose comme ça. Donc soit une voix, soit un synthé en fait.
Et quelle est la plus grosse erreur que tu faisais à tes débuts et que tu ne fais plus aujourd’hui ?
Je pense que c’était de trop me prendre la tête sur le style. J’ai abandonné des projets parce que ça ne collait pas à l’image du style que je voulais avoir. Maintenant, même si c’est important d’avoir une cohérence, je pense que c’est aussi important de se chercher et de faire des tests. On ne peut pas se définir dans un style sans l’avoir produit, sans avoir vraiment été chercher dedans.
Du coup, je pense que c’est vraiment ce truc, de se bloquer et de se dire : « Ah non, j’ai envie d’être dans le milieu Hard Techno, ça colle pas. » Aujourd’hui, je sais que je fais beaucoup plus d’efforts pour passer au-dessus de ça et finir un titre. Et s’il me parle, de le sortir.
C’est d’ailleurs ce que j’ai fait là avec mon dernier track « Self Aware ». De base, je me disais que ce n’était qu’un edit comme ça. Au final, le morceau m’a vraiment parlé, et en plus, j’adore le titre original. Je me suis dit que c’était important de le sortir, même si c’était moins dark ou violent que ce que je fais d’habitude.

Et si tu pouvais choisir un seul artiste avec qui produire un morceau, sans aucune contrainte, tu choisirais qui ?
Je pense que je choisirais Kuko. Justement, c’est un artiste qui me parle énormément dans le côté « dark nostalgique ». J’aime vraiment aussi cet artiste parce qu’il est capable de jouer ou de produire des choses bien vénères, mais qui sort aussi des tracks qui sont beaucoup plus tranquilles, émotionnels, nostalgiques, voire même tristes.
Et je trouve ça très cool parce qu’aujourd’hui, dans l’univers techno, on a beaucoup de tracks à jouer en soirée, mais je trouve qu’il n’y en a pas encore énormément qui définissent ces émotions.

Et quel morceau aurais-tu aimé produire toi-même ?
Qu’est-ce que j’aurais aimé produire ? Je pense que je vais rester sur Kuko et dire son titre « Summertime Sadness ».
Est-ce que les réseaux sociaux ont changé ta manière d’approcher et de penser ta musique ?
Si on prend ma musique en projet global, bien sûr que c’est important aujourd’hui d’être sur les réseaux sociaux. Au-delà de la production et au-delà de mixer, c’est important de communiquer aux gens et de leur offrir des souvenirs aussi sur les réseaux sociaux. Mais j’essaye de rester vrai et de faire ce que j’aime !
La scène Hard Techno a explosé ces dernières années. Comment tu vois cette explosion et surtout, est-ce que cette scène t’attire toujours autant ?
C’est une question que je me pose beaucoup, comme beaucoup de personnes. Aujourd’hui, « Hard Techno », ça englobe tellement de choses. Tout le monde peut se définir comme un DJ Hard Techno, mais à côté de ça, ça ne veut pas dire précisément ce que tu fais. Est-ce que tu vas plus dans l’émotion, plus dans le Hard, etc. C’est une scène à laquelle je suis « obligé » de me rattacher, car c’est le style global que je fais. Mais je pense que ce serait bien d’avoir un peu plus de sous-genres pour qu’on puisse se reconnaître un peu plus dans cette scène-là.
Et c’est une scène aussi de laquelle j’essaye de me détacher dans ma production. J’essaye de partir du côté un peu « simple et répétitif », on va dire, et de ne pas suivre une recette Hard Techno qu’on peut retrouver dans beaucoup de tracks.

Et justement, selon toi, ça serait quoi la prochaine évolution de la Hard Techno ? Plus rapide, plus mélodique, ou autre ?
Je pense qu’il y aura forcément une Hard Techno, comme on le voit actuellement, qui va continuer à être plus violente et rapide, et qui se rapproche des styles Hard Music. D’un autre côté, il y a de plus en plus de gens qui se mettent à écouter de la Techno, et pas uniquement de la techno à « consommer en soirée ». Donc je pense qu’il y a aussi un côté beaucoup plus mélodique et beaucoup plus émotionnel qui est en train d’apparaître. On voit notamment certains courants de la Schranz qui explosent grâce à ces gros breaks mélodiques. Donc pour moi, il y aura ces deux côtés qui vont continuer de se développer.
Pour revenir un peu à tes débuts, tu avais gagné un tremplin pour jouer dans une soirée New Rave en 2023. Qu’est-ce qui a changé pour toi depuis ?
C’était d’abord une première expérience sur une grosse scène. Et quand on passe de tout petits DJ booths à de vraies machines, avec une équipe derrière, ça permet de se rendre compte qu’il y a du monde derrière tout ça ! C’est pas juste des soirées entre copains.
J’avais gagné ce tremplin grâce à un track, « It’s a Vibe Baby », parce que dans le concours, il fallait poster l’un de ses morceaux. Et ça, ça m’a permis de me dire que ma musique était appréciée par des gens beaucoup plus qualifiés dans ce domaine là. Puis ça m’a vraiment mis en lumière sur la scène lilloise. Les gens ont commencé à me suivre et à suivre mon histoire, donc c’est la petite différence par rapport à avant.
Et à quel moment tu t’es dit : « OK, le projet prend une autre dimension. » ?
Je pense qu’on se le dit à plein de moments. Parce qu’au final, à chaque fois qu’on arrive à ses objectifs, on se dit : « Wahou, qu’est-ce que je vais faire maintenant ? » Et en fait, on se rend compte qu’il y a encore tellement de chemins à parcourir.
Mais je pense que ça a dû être mon deuxième All Night Long à Slalom. Mon premier ANL, c’était un jeudi soir, avec un public plutôt étudiant. Pour le deuxième, on avait vraiment cherché à créer une expérience. Même si beaucoup de gens disent ça aujourd’hui : rire, on avait réussi à mettre notre touche à l’événement avec une vraie scénographie, des intros, etc. En fait, j’avais réfléchi à un set délimité avec plusieurs intros donnant les différents niveaux du All Night Long, pour bien définir les styles.
Et d’avoir fait Sold Out sur ce ANL, je me suis vraiment dit qu’il y avait du monde qui commençait à me suivre et que c’était pas juste un hasard. C’était vraiment une manière de réfléchir ma musique et de la faire qui plaisait à des gens, et là, je me suis dit : « Ah ouais, c’est quelque chose ! »

Et à l’heure actuelle, c’est quoi ton meilleur souvenir de tournée ?
Je dirais que c’était la première fois où j’ai joué en festival en Suisse. J’avais pas vraiment d’attente : je savais que c’était un festival très sympa, mais sans trop me rendre compte de l’ampleur. Et je me souviens, en arrivant à l’hôtel, un des orgas m’avait envoyé une story de la scénographie en disant : « On espère que ça te plaît. » Dessus, il y avait 2 000 ou 3 000 personnes devant la scène ! Donc ce côté surprise et le fait de jouer dans un pays à l’étranger, avec une belle scénographie et de gros artistes, j’avais adoré !
Tu disais tout à l’heure que tu avais ton propre univers et ta DA assez affirmée : comment t’est venue l’idée de développer « Welcome to Dystopia » ?
Franchement, je ne sais pas. J’ai toujours eu un attrait pour ce concept de dystopie. Et en fait, c’est venu assez naturellement en produisant un track. Je me souviens avoir eu un genre de déclic sur cet EP « Dystopia » que j’avais sorti. Ça collait vraiment bien avec ce thème-là : une société dystopique et une ambiance postapocalyptique, mais avec de très fortes émotions, très dure mais très réconfortante à la fois. Et à vrai dire, c’est venu vraiment naturellement.

Et qu’est-ce que tu conseilles aux jeunes producteurs et/ou DJ pour lancer leur carrière ?
Aux jeunes DJ, je leur conseille de produire. C’est vraiment important. Et de manière générale, aux artistes, même si c’est très facile à dire, c’est de chercher à se démarquer. Il ne faut pas foncer dans ce qui se fait en masse et ce qui marche le mieux forcément. Enfin, il ne faut pas essayer de copier quelque chose juste parce que ça marche.
Il faut se faire confiance aussi ! Parce qu’il y a plein de moments où on est seul dans ces métiers là. Même si on est entouré d’une équipe, quand on est face à nos tracks, on est tout seul. Il faut apprendre à se faire confiance et à se dire : « Bon, je vais faire confiance à mon idée. Si j’ai cette idée-là et que ça me fait plaisir de la faire, autant la faire. » Donc il ne faut pas suivre les solutions de facilité, se faire confiance, et surtout essayer de bien s’entourer aussi !
Et pour finir, après le cap symbolique des 10 000 abonnés sur Insta, qu’est-ce qu’on peut souhaiter pour la suite ?
De m’éclater encore plus en production ! De vraiment réussir à « créer ma patte ». Même si je la travaille déjà aujourd’hui, je veux arriver à quelque chose qui me plaît. Et puis pouvoir faire des collabs avec des artistes qui me font évoluer aussi, que ce soit dans ma personne ou dans ma musique. Et après, pourquoi pas une petite tournée des festivals l’année prochaine, ce serait très cool !

