À l’occasion de la sortie de son septième album « A Kind Wave », nous avons rencontré Kid Francescoli pour revenir sur la création de ce nouvel album, ses inspirations et les collaborations qui ont façonné son univers musical.
Salut Kid Francescoli, comment ça va ?
Ça va très bien, écoute. Avant-veille de jour de sortie d’album, donc excitation au maximum !
Grosse promo en cours, tout se passe bien ?
Ouais, grosse promo, on enchaîne. Mais c’est agréable parce que j’ai tendance à bien aimer parler de ma musique.
Est-ce que tu pourrais te présenter pour ce qui ne te connaissent pas encore ?
Je suis Mathieu, je fais de la musique sous le nom de Kid Francescoli.
Je suis un musicien marseillais, et je vais sortir mon septième album et enchaîner sur une tournée mondiale, la troisième.
Je le dis quand même avec beaucoup de satisfaction parce que c’était un rêve depuis toujours. Et voilà, là, on y est.

c-Samantha-Grenouiller
On s’était vus en 2022, où tu parlais déjà potentiellement d’un futur album. Maintenant, quatre ans plus tard, tu sors “A Kind Wave”. Est-ce que c’est le résultat que tu imaginais déjà à l’époque ?
En fait, je n’arrive pas vraiment à me projeter en amont, à me dire : « Je vais faire un album qui va sonner comme ça, qui va être un mélange entre ça et ça », et à avoir un concept avant même d’avoir enregistré.
La plupart du temps, tu te laisses quand même guider par l’enregistrement, par la musique. Tu te retrouves à vouloir faire un morceau instrumental qui, finalement, finit par être une chanson. Et inversement, un morceau électro qui finit par être joué à la guitare parce que, finalement, tu comprends que c’était mieux.
Donc tu peux théoriser beaucoup de choses. Mais je suis déjà surtout satisfait parce qu’à l’époque, je t’avais dit que je travaillais sur un prochain album et aujourd’hui, il est fini. Donc c’est déjà très bien.
> Notre précédente interview avec Kid Francescoli <
Pourquoi ce titre, A Kind Wave ?
« A Kind Wave », c’est un titre qui, pour la première fois depuis que je fais de la musique et que je sors des albums, j’ai trouvé après avoir fait l’album. C’est-à-dire une fois l’album terminé.
Je me suis dit que c’était ce que ça m’évoquait. Quelque chose, au niveau des textes, d’assez intime, assez doux. Donc ça, c’est pour le kind, le côté bienveillant. Et wave, parce que je trouve que le son est plus large, plus vaste.
J’aimais beaucoup cette image de vague douce. Et en plus, kind et wave, ce sont des mots qui ne sont pas forcément associés ensemble. Ça peut être big wave, slow wave… C’est aussi pour ça que j’aime bien.
> Notre article complet sur l’album « A Kind Wave » <

Qu’est-ce que la scène a concrètement changé dans ta façon de composer ?
Sur l’album, je pense que le morceau qui a le plus été influencé par la tournée, c’est « The Groove ». C’est un morceau de dance music qu’on a fait avec Andréa.
J’ai déjà été inspiré par sa voix parce qu’elle a vraiment une voix super puissante et, en live, elle l’a montré au fil des tournées.
Quand je faisais les lives et que je voyais le public, par rapport au set qu’on faisait sur la dernière tournée, je me disais : « J’ai envie qu’à un moment, on ait un gros morceau bien dance. »
Et donc, c’est clairement arrivé grâce à ça.
> « A Kind Wave » à découvrir juste ici <
Andréa est présente sur cinq morceaux. Est-ce que travailler avec elle t’a permis d’explorer davantage toutes les possibilités de sa voix ?
C’est vrai que c’est la première fois qu’elle est sur un album avec moi. Elle était sur les tournées et sur le live d’ARTE.
Mais Andréa a un spectre de voix tellement large que, pour un producteur, ça offre des possibilités infinies.
C’était cool parce qu’elle peut faire, sur « Summer Days », des vocalises pop, un peu éthérées, super douces, un peu en lévitation. Après, sur « Don’t Get On The Plane », des refrains un peu soul ou R&B, ou des passages un peu rappés. Puis, sur « The Groove », c’est un morceau de dance.
Sur le dernier morceau de l’album, « Here », elle chante quasiment comme si c’étaient des chœurs gospel.
Donc, quand tu es en train de faire des morceaux, c’est quand même une espèce de champ des possibles qui est génial.
Il y a Demigod sur « City of Gold », que tu as rencontrée via Instagram. Comment passe-t-on d’une rencontre sur les réseaux à un morceau sur un album ?
De la manière la plus simple possible : un message sur Instagram.
On m’envoie : « Salut, j’aime bien ta musique, j’aimerais bien qu’on collabore. » Et quand on m’envoie ça, j’essaie d’aller voir, de cliquer simplement sur la première vidéo pour me faire une idée.
Et Demigod, la première vidéo que j’ai vue, j’ai cliqué et, dans les trois premières secondes, j’ai fait : « Banco ! ».
Parce qu’elle avait une façon d’être, une façon de chanter… Je me suis dit : « C’est frais, c’est un truc que je n’ai jamais eu sur aucun de mes albums. Banco. »
Je lui ai envoyé une boucle sur laquelle elle a chanté et le morceau était quasiment terminé. Ça arrive tellement rarement sur la composition d’un album que, quand ça arrive, il faut le prendre et le chérir.
Ton univers est associé à quelque chose de contemplatif, solaire et mélancolique. Est-ce que c’est difficile de faire évoluer une identité musicale aussi identifiable sans perdre ce qui fait Kid Francescoli ?
C’est vrai que c’est une question qui est de plus en plus dure au fil des albums.
Tu te dis : « Il faut que je fasse un truc nouveau », mais en même temps, il faut que je fasse un truc que les gens qui m’aiment bien vont quand même aimer, sans leur refaire exactement une réplique d’un truc que j’ai déjà fait.
Mais au final, la réponse à toutes ces questions-là, encore une fois, c’est de faire. Moi, j’ai essayé des trucs que je n’avais jamais faits et où le soufflé est retombé assez vite aussi. Je me suis dit : « En fait, je vais essayer de rapper. » J’ai essayé, c’est nul, j’arrête. :rires:
Mais il y a des moments où tu essaies de nouveaux trucs et ça t’inspire. Il y a des moments où tu fais quelque chose que tu avais déjà fait avant, dans le même style, mais qui continue pourtant à t’inspirer. L’important, c’est de garder l’étincelle en studio.

c-Samantha-Grenouiller
Comment savoir qu’un morceau est terminé ?
C’est au feeling. Moi, c’est comme ça que je considère qu’un morceau est terminé. Je me pose une question simple : « Est-ce que je me vois sur scène en train de le jouer devant des gens ? »
Donc si tu es OK avec ça, c’est que le morceau est terminé. C’est que tu es dans la bonne direction, en tout cas.
A une époque tu avais besoin de partir loin de Marseille. Aujourd’hui, après toutes ces tournées, entre partir et rester, tu choisis quoi ?
Ah non, rester à Marseille, sûr !
Quand, en 2009, je suis allé à New York et que j’ai rencontré Julia, je ne tenais pas en place. Je ne voulais pas rester à Marseille, je voulais faire le tour du monde. Et grand bien m’en a pris parce que c’est là qu’on s’est rencontrés et que j’ai fait deux albums avec elle qui ont fait ce que je suis aujourd’hui, quand même.

(c) Samantha Grenouiller
Mais maintenant, le tour du monde, je le fais avec la tournée et je suis aussi le plus heureux du monde de rentrer à Marseille après chaque date.
Je suis comblé parce que je continue à voyager, à rencontrer des gens, à vivre des expériences, différentes cultures, et en même temps à avoir mon petit home sweet home.
Sur cet album, il y a aussi une évolution importante dans ta manière de chanter ?
Quand j’enregistre, il y a toujours beaucoup de déchets. Après, je chantais aussi sur les albums précédents, mais sur celui-là, c’est la première fois que j’enregistre en chantant en voix de tête.
Et ça, c’était grâce à Rob, qui a produit l’album, et Jack Lahana.
J’avais fait toutes mes chansons en chantant vraiment, en murmurant comme je le faisais d’habitude. Et puis, sur le dernier morceau, j’avais quand même essayé une voix de tête en me disant : « Je vais leur faire écouter, on verra ce qu’ils diront. »
Ils m’ont dit : « Mais c’est génial, c’est absolument comme ça qu’il faut chanter sur tout l’album ! »
Je me suis retrouvé à faire des voix de tête dans un studio dans lequel je n’avais jamais enregistré. Donc c’était très intimidant pour moi.

Mais en même temps, il y avait ce côté saut dans le vide, et que tu te dis : « Non mais jamais de la vie je vais faire ça ! ». En parallèle, il y a un petit neurone qui te dit : « Essaie parce que ça va peut-être être bien. »
Et c’est ce qui s’est passé. J’en suis ravi aujourd’hui.
C’était différent parce qu’il y avait une interprétation différente. Donc forcément, ça a changé pas mal de choses. Mais c’est quelque chose que je ne regrette pas du tout parce qu’au contraire, quand on parlait tout à l’heure d’expérimenter de nouveaux trucs, ça en fait partie.
Il y a l’Olympia qui arrive le 18 novembre, et maintenant également le 9 novembre 2027 ?
Oui parce que le premier est complet ! :rire:
Celui de l’Olympia 2026 est complet, donc on a un Olympia en 2027.
> Billet pour l’Olympia 2027 de Kid Francescoli <

Est-ce que ça reste toujours une date symbolique ?
Ouais, complètement, à fond. Je ne me lasserai jamais de faire des Olympias.
French 79 va lui aussi sortir son album. C’est une coïncidence de vous retrouver encore à sortir des albums et repartir en tournée en même temps ?
Ouais. En fait, je pense qu’on est un peu synchro parce que la vie d’un album, c’est à peu près ça : sortie, tournée française, tournée européenne, tournée américaine, festivals, tournée un peu plus internationale…
Puis après, environ un an de finalisation d’album, et on reprend deux ou trois ans entre chaque album. C’est une belle coïncidence.
Après sept albums, qu’est-ce qui peut encore te donner le sentiment de faire quelque chose pour la première fois ?
C’est une bonne question. C’est une position dans laquelle il faut essayer de se mettre quand on compose parce qu’il faut toujours avoir cette impression.
Je pense que justement, ce qui fait qu’un morceau naît, c’est cette sensation-là. C’est-à-dire que tu es là, tu fais une suite d’accords, tu te dis : « Ça, je l’ai déjà fait. Cet accord, je l’ai déjà joué. Ce synthé, je l’ai déjà utilisé. »
Et au bout d’un moment, tu ne sais pas pourquoi, il y a une espèce de truc qui pop comme ça. D’un coup, ton doigt ripe et tu fais un accord que tu n’avais jamais fait, ou alors un rythme que tu n’avais jamais utilisé. Et ça ouvre la porte à l’inspiration.
Il y a les groupes, la musique ou la vie de manière générale, mais il y a une grosse partie de l’inspiration qui se joue sur le terrain, en studio.
Comment tu fais pour nourrir cette inspiration ?
J’essaie surtout de rester ouvert, d’essayer de rester un peu curieux. J’essaie d’écouter de la musique tous les jours, par pur plaisir, parce que c’est comme ça que ça a commencé. Et d’en jouer aussi.
Moi, ça m’arrive de prendre ma guitare et de jouer des groupes que j’aime bien, de faire des reprises pour rigoler, parce que c’est quand même comme ça que j’ai commencé.
Aujourd’hui, avec ce nouvel album, quel effet aimerais-tu avoir sur quelqu’un qui l’écoute ?
Moi, ce que j’aime bien dans la musique, c’est quand tu mets tes écouteurs, que tu es dans une scène banale de la vie de tous les jours et que, d’un coup, tu mets un morceau dans le métro, en voiture ou quoi, et tu as l’impression que tu pars ailleurs et que tu es dans un film.
Si je peux arriver à faire ça aux gens, ça sera déjà bien.
Qu’est-ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?
Une belle tournée, un beau succès pour l’album, mais surtout assez d’inspiration pour continuer à vivre ce rêve éveillé qu’est la vie de musicien que je vis en ce moment.
Un grand merci à Kid Francescoli pour cette interview. Merci à Romane Monnier pour cette opportunité. Retrouvez Kid Francescoli en tournée dès maintenant et n’hésitez pas à écouter son nouvel album « A Kind Wave » !

Crédit cover : Samantha Grenouiller
