Hands Up a pu rencontrer le prodigieux Petit Biscuit pour une interview, pour la sortie de son nouvel album “Parachute”. Découvrez les réponses du jeune artiste, pour en apprendre davantage sur lui, son album ou ses prochaines nouveautés  !

Petit biscuit en portrait, interview pour Parachute

Crédit photo : Jonathan Bertin

Salut Mehdi ! Est ce que tu peux te présenter en quelques mots ainsi que ton projet Petit Biscuit ?


Salut Hands Up ! Donc moi c’est Mehdi, je fais de la musique électronique depuis 5 ans maintenant sous le nom Petit Biscuit. J’adore vraiment ce que je fais, et voilà ! C’est assez dur de se présenter en général quand même :rires:.

Petit Biscuit en festival, avec son merch. Interview parachute

Qu’est ce qui t’inspire pour faire ta musique ?


Bonne question. Je pense que je suis inspiré par tout en fait ! Tout ce que je peux voir, entendre, ressentir, va m’aider à composer. C’est ça qui est assez fou, c’est que dans l’écriture, et ce qu’on appelle “l’inspiration”, c’est qu’il n’y a pas de conscient. C’est l’inconscient qui parle. Souvent quand tu demandes à un artiste ce qui l’inspire, il ne donnera pas de choses précises, car il ne sait pas vraiment ! C’est juste des choses inconscientes qui nous entourent pour moi.

Et pour être dans cette phase d’inspiration, tu préfère être chez toi ou en voyage ?


En vrai les deux marchent bien je pense. Quand j’étais chez moi, j’avais juste besoin de changer de routine. Et puis je suis pas parti seulement pour être “plus inspiré”, c’était aussi un prétexte. Je suis parti pour être loin de tout, et de tout le monde. J’avais vraiment besoin de ça, après beaucoup d’années de tournée, de serrage de mains et de gens que j’ai pu rencontrer. J’ai vu trop de personnes, en trop peu de temps, donc j’avais besoin de m’isoler pendant un certain temps.

Mais par rapport à l’inspiration, j’aime bien être dans ma chambre, car j’y suis depuis le début, et que j’ai besoin d’un environnement réconfortant, où j’ai mes repères. Et dans ce cadre je peux me concentrer sur la musique. Après quand j’étais en voyage en Islande, c’est vrai que c’était assez cool, parce que comme je t’ai dis je n’avais plus de message de ma team, ni de personne. Et c’est dingue mais ça change totalement l’immersion dans la composition !

Petit Biscuit sous une aurore boréal, en Islande. Interview Parachute

Crédit photo : Jonathan Bertin

Tu as eu du succès assez jeune, comment tu t’es construit en tant qu’artiste, Petit Biscuit ?


C’était très compliqué. Je pourrai parler de ça pendant des heures. J’ai démarré dans ma chambre, à poster des sons quand j’étais au collège sur Soundcloud, cette fameuse plateforme qui me manque un peu.

Je postais des sons toutes les 2 semaines, un peu comme un youtubeur peut poster des vidéos chaque semaine ! C’était un loisir créatif comme un autre, sachant que je me considérais pas du tout bon en musique ou quoi que ce soit. C’est juste que ça m’amusait, et je voulais poster.

Puis il y a eu “Sunset Lover” qui a plutôt bien fonctionné :rires:, et qui m’a retourné le cerveau. Donc je me suis dis “Je fais quoi après ce carton ?”. J’ai donc décidé de m’investir de plus en plus dans mon projet Petit Biscuit, jusqu’à quitter les cours et me lancer à fond ! Ca a été compliqué de faire un choix. Pas dans ma tête car le choix était déjà fait, mais plutôt compliquer de mettre ça en place, et d’oublier toutes les contraintes d’avant. Après tout, faire un choix c’est renoncer. Tu passes toute ta vie en cours, et renoncer à ça c’est ultra dur ! A la suite de ça, j’ai décidé de mettre beaucoup de crédit sur la tournée, d’en faire quelque chose de fort et d’identitaire. Je pense que j’avais un set-up assez unique -même si je vais le changer-. Donc la tournée a pris beaucoup de places dans ma vie, pendant genre 3 ans.

” ‘Sunset Lover’ sera peut-être le titre le plus écouté de toute ma vie.”

J’avais besoin de poser le contexte de mon début en tant qu’artiste ! Donc le fait de basculer totalement de vie c’était assez complexe, mais ça n’a pas été un obstacle dans ma création. Par contre je suis quelqu’un qui se pose naturellement beaucoup de questions, et y’a un moment où je n’ai plus voulu m’en poser, car j’ai eu beaucoup de conflits internes ! Il a fallu que je tue le hit ‘Sunset Lover’ dans ma tête, pour pouvoir passer à autre chose. Maintenant je suis en paix avec ce titre, mais ça a été dur de me dire “Ca sera le titre le plus écouté de toute ma vie”. Après j’ai eu la tournée, où j’ai du quitter tout mon entourage. Une aventure assez folle, surtout en tant qu’adolescent. Et c’est d’autant plus dur en tant qu’ado de se construire sur la route. C’est vraiment bizarre. j’ai l’impression d’avoir passé 2 années de ma vie où j’ai fait des trucs de ouf, et où psychologiquement j’étais un peu off. Quand je suis rentré chez moi, j’ai eu beaucoup de périodes d’introspection.

Donc j’ai beaucoup grandi de part ce que j’ai vécu en tournée, mais aussi chez moi, et en pensant à tout ce que j’ai pu faire. Donc là je te raconte plutôt ma construction en tant qu’humain et non artiste, mais c’est très important.

Y’a des gens qui sont marqués par la vie et qui font des super sons, mais moi perso je me considère meilleur et le plus lucide quand je me sens bien dans mes baskets, et non quand je suis dans un bad mood. J’ai besoin d’être en paix pour composer et faire des belles choses en fait.

C’est quoi l’histoire derrière “Parachute” ton prochain album ?


Du coup je vais faire une petite introduction ! “Parachute“, après ma dernière tournée de novembre 2018, je suis rentrée chez moi et j’étais malade pendant 15 jours. Je sentais que j’étais à bout de force, et que j’avais trop forcé. Donc qu’est ce que je fais après la tournée ? Sachant que c’était la fin du cycle, j’ai arrêté de parler de “Presence“, mon premier album. Je voulais plancher sur un nouvel album, c’était ce que je voulais. J’aurai pu sortir des singles toute ma vie, mais honnêtement j’aime pas trop sortir des singles, c’est pas mon délire. Je préfère sortir des albums, des choses qui sont inscrites dans une ère, plutôt que de sortir des singles comme ça.

Donc je me suis dis “Comment je compose cet album ?”, parce que je voulais pas le faire comme le premier. D’où les deux voyages, Islande et Etats-Unis, qui était un prétexte pour m’éloigner de tout. C’était mes 2 destinations de rêve quand j’étais petit. Dans ma vie je me suis jamais senti légitime de quoi que ce soit, encore moins d’être artiste. Et du coup quand j’étais mal ou blessé, je ne le transmettais pas.

“Cet album m’a permis de prendre de la hauteur.”

Donc “Parachute“, c’est la période de ma vie où j’ai pu prendre de la hauteur, avec tout ce que j’ai vécu, accumulé, encaissé. Je suis pas le genre de mec à s’énerver, j’ai plutôt tendance à garder pour moi. Justement, le titre “Parachute” dans l’album, je raconte un peu de manière imagée comment prendre de la hauteur vis à vis de la pression. Je me suis naturellement dis c’est ce qui raconte le mieux ce que j’ai vécu ces dernières années, et j’adore cette métaphore. Voilà donc le concept de “Parachute”, l’album qui m’a permis de prendre de la hauteur.

C’est pour ça aussi qu’il y a un parachutiste un peu blessé sur la cover. Le parachutiste, bon c’est moi :rire:, mais au delà de ça, il me représente et également ce que j’ai vécu. Ca me permet de prendre conscience de ce que j’ai vécu, que j’ai été blessé, car je me vois blessé à travers la pochette.

Cover de "Parachute" le nouvel album de Petit Biscuit. Interview

Comment en es-tu arrivé à collaborer avec Diplo ?


Alors en fait j’étais en Islande, on faisait du son, et Diplo m’a envoyé un DM sur Insta. J’ai l’impression qu’il fait que ça ahah. En tout cas, il me dit dans son message qu’il aime ce que je fais, et qu’on se capte à Los Angeles quand je suis dispo. Ca tombait bien parce que j’avais prévu d’y aller 2 mois, donc bon hasard.

Une fois à LA, je vais chez lui, au pied du Hollywood Sign. Sympa le cadre, sympa la maison, et surtout sympa le mec. On a passé plusieurs heures en studio, on a écouté du son, on a composé un peu aussi ! On a cherché des gimmicks, des trucs, et on est resté sur cette guitare qui reste vraiment en tête, que vous pouvez entendre dans “Pick Your Battles”. Une fois que je suis rentré chez moi à Rouen, j’ai commencé à plancher sur plusieurs versions. On a fait des aller-retours, on a tenté des trucs plus garage, plus UK. Au final on a fini sur un titre plus house/tribal.

C’est super cool parce que je m’attendais pas du tout à ça quand j’allais voir Diplo. Je pensais qu’il voudrait mettre les trucs à sa sauce. Et avec surprise, j’ai découvert un mec super ouvert, prêt à explorer. Puis Diplo il est très lucide, il a un très bon œil sur l’industrie. Il est peut-être aussi arrivé à un stade où il a envie d’explorer. En tout cas, très bonne surprise !

Découvrez l’exceptionnelle collaboration Petit Biscuit x Diplo !

Par rapport à la crise sanitaire, Tu prévois un tour 2021, ou tu es plus réticent ?


Bien sûr, le but serait de faire une tournée support de l’album. Après, très personnellement, je ne devrai pas le dire, mais je n’ai pas trop d’espoir. J’espère que je me trompe, et j’espère remonter sur scène pendant l’été 2021, vraiment. C’est le but en tout cas, et je vais me préparer pour. Je vais plancher sur le meilleur show que j’ai jamais pu faire. Après, si c’est décalé, malheureusement, je ne pourrai pas dire grand chose.

Petit Biscuit en live lors du festival Les Vieilles Charrues 2019

Question lecteur : Comment se lance t-on dans la musique, quand on n’a pas de contacts ?


Ouais c’est une très bonne question ça ! Pendant une période, j’étais le fan un peu relou qui envoyait des messages à beaucoup beaucoup d’artistes, avec des liens soundcloud. J’envoyais pas à Guetta, plutôt à des artistes plus gros que moi certes, mais accessibles, qui auraient pu potentiellement écouter mes productions. Naturellement, 99% du temps on ne m’a pas répondu, mais j’ai quand même des gens qui me répondaient, qui repostaient mes sons. C’était l’époque soundcloud où il y avait beaucoup d’entraide, chose qu’on a perdu aujourd’hui.

J’vais te balancer ça comme ça, mais je vais bientôt lancer mon label. Je vais justement y accompagner des artistes. J’en parlerai davantage prochainement, mais comme ça vous avez l’info ! On a trop besoin de ça aujourd’hui. Et ce qui m’énerve, c’est que les leviers qu’on avait avant, on ne les a plus aujourd’hui pour aller chercher du public. Honnêtement, je me sens parfois aussi perdu que certaines personnes dans les nouvelles manières de faire connaître sa musique, quand on n’a pas de public.

Les choses que je propose souvent aux gens c’est d’envoyer leurs musiques à des ‘playlisters’ sur les plateformes musicales. Je dis aussi d’envoyer un message aux artistes, ou à certains labels d’artistes qui sont plus à l’écoute que d’autres. Y’a aussi les chaînes Youtube qui existent, qui se multiplient d’ailleurs, et qui cherchent pleins de nouvelles musiques. Il y a donc encore quelques leviers, mais il faut être très patient. Même moi à mon stade je me dis par rapport à certains objectifs il faut être ultra patient. J’ai explosé vite, mais une carrière ça ne se construit plus en 4-5 ans. Une vraie carrière ça se construit en 10 ans tu vois. Le moment où tu sors de l’ombre, et celui où t’as atteint plusieurs objectifs, dont avoir un public, ça prend vraiment du temps. La patience avant tout !

Pendant ton confinement, t’as été plutôt productif ou plutôt sur la page blanche ?


Le confinement au final, c’était plutôt cool. Enfin pas en tant que tel mais pour moi c’était assez bénéfique. En gros, je devais finir mon album. Le confinement c’est arrivé en mars, et j’étais sensé partir en tournée en fin mai début juin. Forcément j’ai dû tout annuler, mais c’était un mal pour un bien. J’ai eu le temps de finir mon album, et j’ai pu y mettre tout ce que je voulais dedans. Quand on fait un album, on est toujours un peu pris par le temps. Mais là, je me suis dis “Ok vas y, je prend tout mon temps”. Mais du coup c’est cool, j’ai pu affiner mais vraiment vraiment affiner. Et en fait j’y ai passé tout mon confinement.

D’ailleurs là je suis toujours chez moi, et je fais du son. Après tout c’est mon métier ! Je sais pas ce que j’en ferai, mais je continue à faire du son dans tous les cas !

Cover de Parachute, nouvel album de Petit Biscuit, en interview

Crédit photo : Jonathan Bertin

Comment tu te sens vis-à-vis de tes réseaux sociaux ?


C’est moi qui gère et qui poste sur mes réseaux ! Mais j’essaye de prendre énormément de distance. Parce que c’est super, mais c’est très toxique les stats, tout ça. C’est jouer avec le fonctionnement de l’être humain, et ses faiblesses. J’essaye de m’en détacher au maximum. J’me suis rendu compte aussi que j’essaye de poster moins de photos de ma gueule, et de trucs inconditionnels, pour mettre quasi que du contenu artistique.

Je poste pas pour meubler, je poste quand j’ai un vrai truc à dire. Mais je me suis rendu compte que c’est pas forcément les contenus les plus mise en avant malheureusement. J’ai un peu la rage avec ça d’ailleurs, mais je dis rien !

Mais sinon je prend des distances, je me contente de poster et de regarder quelques commentaires, même les avis négatifs, car tout est constructif. Je regarde les commentaires car c’est important ce lien que j’ai avec les gens qui m’écoutent, surtout en ce moment.

“I Leave Again” de Petit Biscuit disponible dans l’album ‘Parachute’ !

En tant qu’artiste électro, tu te sens favorisé d’être français ?


C’est vrai qu’on a un super héritage. Perso je trouve ça trop cool que des mecs, 10 – 20 ans avant nous, ont fait en sorte que des jeunes comme nous ait cette plus value de départ. À l’étranger ça sonne trop bien d’être français ! Après, je ne sais pas si personnellement, ces artistes sont dans mes inspirations.  Les Justice, Daft Punk, et tant d’autres bien sûr, je sors ceux qui résonnent le plus à l’étranger. En tant qu’auditeur je suis ultra fan, mais je pense pas qu’ils soient dans mon inspiration. Pour être très honnête, je ne suis pas spécialement patriote. En vrai je m’en fou, le plus important pour moi c’est la musique, et comment elle me parle. Donc au final je ne me pose jamais la question.

Petit Biscuit en festival

Quelle est ta propre production préférée ?


Dans cet album qui arrive, j’ai un morceau qui s’appelle “Constellation”. Je pense que c’est ma préférée, avec “Burnin” aussi ! Ca doit être mes deux préférées. Après c’est toujours difficile de choisir parmi mes morceaux, car ils sont tous différents. Pour “Constellation”, c’est celle que j’ai préférée produire, parce que c’est sorti d’une manière tellement naturelle. Ca m’a rappelé “Sunset Lover” que j’ai fait en quelques heures. Tout été très naturel, je ne me suis pas posé de questions, du début à la fin. Et pour “Constellation” ça a été un peu la même chose. C’est une espèce de balade, mi rock, mi électro, où je chante dessus. À la fois la production est très simple, et c’est une qui me touche le plus. Même les paroles c’était très naturel, sans me poser de question.

Quel est ton souvenir de show le plus marquant ?


Y’en a pleins qui me viennent en tête quand tu me poses la question. Il y a par exemple le Hard Summer, en Californie, en 2018 de mémoire. Il y a bien sûr le Zénith de Paris en 2017, c’était exceptionnel. En fait il y en a plusieurs, et il y a aucun show qui ressemble à un autre. Et justement, c’est ce que j’aime dans la tournée ! Chaque soir je joue les mêmes morceaux, c’est à peu près le même show, et pourtant ça sonne toujours différent. C’est plus qu’un souvenir de show, car j’ai pleins d’images dans ma tête, et je sais que j’ai passé de supers moments un peu partout dans le monde.

Petit Biscuit au Zénith de Paris en 2017

Crédit photo : Jonathan Bertin

Pour finir, est-ce que tu as un message à faire passer à ton public ?


Merci, déjà. C’est important et on le dit pas assez. J’ai vraiment hâte que les gens écoutent ‘Parachute’, et hâte qu’ils écoutent la suite bien sûr. Je sais que ça risque de beaucoup les surprendre pour certains. J’ai vu pas mal de commentaires en dessous de mon dernier single “Drivin Thru The Night”, où certains étaient même un peu aliénés. Mais c’est pas grave ça fait parti du jeu je pense. Et c’est vrai que ma musique évolue au fil du temps. Je pense que lorsque les gens ont écouté ma musique dès le début, ils ont un peu signé pour le fait de ne jamais écouter 2 fois la même chose. Donc j’espère qu’ils sont prêt à entendre quelque chose de nouveau avec le projet Petit Biscuit ! Et comme d’hab, je suis très curieux d’avoir des commentaires sous les sons, car c’est la seule chose que je lis.

L’interview de Petit Biscuit, dans le cadre de la sortie de son nouvel album “Parachute” se termine. Hands Up remercie Petit Biscuit et son équipe pour le temps accordé pour cet échange. Nous espérons que cette interview vous aura plu, et que vous allez streamez massivement son nouvel album “Parachute”.

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Suite à cette interview, découvrez notre article sur l’album “Parachute” de Petit Biscuit juste ici (disponible vendredi)

Crédit photo : Jonathan Bertin