On a profité du passage de The Avener à Lille, avec sa nouvelle tournée, pour le rencontrer et faire cette interview. Le niçois revient sur les 10 ans de « Fade Out Lines », sur les nouveaux talents français, et de son prochain album !

Bonjour The Avener, j’espère que tu vas bien ! Est-ce que tu peux te présenter ?


Ça va très bien, merci. Je m’appelle Tristan Casara, je fais de la musique depuis mes 5 ans, et de la musique électronique depuis mes 16 ans. Et après, j’ai commencé mon projet musical The Avener.

Quel titre tu recommandes d’écouter à quelqu’un qui ne te connaît pas ?


Il y a pas mal de choses que j’aimerais leur faire écouter. Mais pour ceux qui ne me connaissent pas, et pour vraiment les faire rentrer dans mon univers, le mieux c’est « Fade Out Lines » !

Tu étais DJ en club avant d’avoir ta carrière de producteur. Le passage de l’un vers l’autre s’est bien passé ?


En fait, j’avais déjà commencé la MAO (Musique Assistée par Ordinateur) avant le clubbing. Je devais avoir 15 ans, donc pas l’âge d’aller dans les clubs. Et après, ça s’est un peu emboîté ! J’ai demandé à mes parents de m’offrir des platines. J’ai rapidement commencé à faire des soirées avec les copains, et j’ai pris le virus.

Puis j’ai commencé à toquer à la porte des clubs de ma région, jusqu’au jour où il y en a un qui m’a dit oui. On m’a proposé de jouer avant Antoine Clamaran ou même de David Guetta. J’ai commencé en faisant les warm up de DJ comme ça. C’était l’époque House Music !

En 2025, tu es revenu avec « Lunae Veritatis » et « All Of The Time« . C’est une nouvelle ère pour toi ?


Oui, c’est vraiment un nouveau chapitre. J’ai envie d’entamer un chapitre un peu plus électronique, avec un peu moins d’influences folk et blues que les gens connaissent de mon projet. C’est le nouveau challenge que j’entreprends cette année ! J’ai déjà pu sortir ces deux titres en 2025 pour annoncer la couleur. En 2026 arriveront les morceaux les plus travaillés, ceux sur lesquels j’ai le plus bossé. Il y a pas mal de trucs sympas qui vont arriver dans les prochains mois !

Tu l’as d’ailleurs déjà confirmé : tu travailles sur un nouveau projet ?


Complètement. Premièrement, j’ai un nouvel album qui arrive en 2026. Actuellement, on a commencé une tournée de salles en France ! Il y a aussi une tournée européenne au mois d’avril. On passera par Berlin, Amsterdam, Barcelone, Milan, Bruxelles et Londres. Et après, on repart en tournée estivale ! Mais il y a surtout une date très importante : c’est le 14 mars au Zénith de Paris.

Justement, tu préfères les concerts ou les festivals ?


Le festival, c’est toujours quelque chose d’assez cool. Il y a une ambiance vraiment festive et unique. Les salles de concert, c’est un public qui connaît tes singles et qui a acheté ton album. Donc c’est un public qui veut entendre ce qu’il écoute dans sa playlist. Le festival, c’est beaucoup plus dynamique. Il faut insuffler une énergie, car il y a des gens qui ne te connaissent pas. Ou ce sont des gens qui viennent pour voir un autre artiste, et si tu joues à un créneau différent, ils peuvent passer devant et avoir envie de découvrir. C’est un vrai challenge.

Mais c’est ça que j’aime bien aussi en festival. Et en France, on a un sacré bouquet de festivals magnifiques ! Donc je vais dire que j’aime autant les concerts que les festivals, mais ce sont vraiment deux ambiances différentes.

Et ton meilleur souvenir de show, ça serait quoi ?


Mon meilleur souvenir, je pense que c’est mon premier Olympia à Paris, en 2016. Ça faisait deux ans que je tournais beaucoup, et on terminait la grosse tournée estivale par cette date-là. C’était le 24 septembre 2016, et c’était en même temps que les 70 ans de ma maman. C’est l’une de mes dates les plus marquantes ! Après, j’ai forcément eu plein de souvenirs extraordinaires. Je pense à ma première main stage au festival des Vieilles Charrues, et à d’autres gros festivals. C’est ces deux dates là qui me viennent directement à l’esprit : l’Olympia et les Vieilles Charrues.

The Avener à l’Olympia (2016)

Tu as fait un concours pour remixer  « Lunae Veritatis« , puis fait un tremplin pour faire ta première partie sur plusieurs dates françaises, comme ici à Lille. C’est une volonté pour toi de dénicher et mettre en avant les futurs talents ?


Quand je vois des jeunes jouer, qui ont 18-20 ans, je me vois en eux. J’ai commencé comme eux, en voulant absolument faire les premières parties d’artistes confirmés. Et on m’a donné cette chance là. Donc c’est un juste retour des choses. Je trouve aussi qu’on apprend beaucoup de ces jeunes qui commencent à jouer et qui performent cette nouvelle house. Et ça m’impressionne beaucoup, parce que l’approche est un peu différente aujourd’hui, notamment avec les réseaux sociaux. L’engouement se fait très vite. L’évolution aussi. La musique se partage très vite maintenant !

A l’époque, c’était pas pareil. Les mercredis, on avait les ‘white labels‘, sans nom d’artiste et sans titre. On allait chez le disquaire pour les chercher, et si tu arrivais trop tard, il n’y en avait plus. Il n’y en avait que 10-15, donc les autres DJs les avaient déjà pris. Aujourd’hui, la musique va très vite, et j’apprends quand je vois ces jeunes appréhender cette passion. Ils sont dans le feu de l’action en permanence, encore plus intensément, et c’est très instructif pour moi !

The Avener x qub

Concernant « Fade Out Lines », tu t’attendais à un tel succès ?


Pas du tout. Et je vais te dire pourquoi. Quand j’ai fait ce morceau, je l’ai envoyé à mes potes DJs, une dizaine. Ils étaient tous résidents en France ou à l’étranger : Miami, Londres ou Paris. Et ils sont revenus vers moi en me disant que les gens shazamaient le titre, mais ne le trouvaient pas ! Et ça, c’était à la fin du week-end, alors que j’avais dû leur envoyer « Fade Out Lines » le mercredi ou le jeudi. Donc je me suis dit que j’allais essayer aussi !

A l’époque j’étais résident à Nice, je jouais du jeudi au samedi, de 22h à 1h. Et j’ai eu la même expérience. Comme je faisais pas mal de morceaux à cette période là, je n’ai jamais imaginé que ce serait celui-là qui fonctionnerait. Mais je me suis dis que je tenais peut-être quelque chose. Du coup, je l’envoie à des labels, et là, c’est la douche froide. On m’a répondu :

« Non ça ne sert à rien. C’est pas fait pour le dancefloor, c’est pas fait pour l’apéro. C’est fait pour rien du tout. »

A ce moment là, je me dis de laisser tomber. En parallèle, les 10 – 15 personnes à qui j’avais envoyée le morceau l’avaient elles aussi envoyé à d’autres. Au final, plus de 200 DJ’s jouaient mon morceau en club ! Jusqu’au jour où un patron de maison de disques, Pascal Nègre, l’entend sur la plage à Saint-Tropez. Le DJ joue ça, et tout le monde se met à danser. Il demande au DJ qui a fait ce titre, et il donne mon nom, The Avener ! De fil en aiguille, il a réussi à me retrouver et on a pu signer « Fade Out Lines » !

Pour fêter la décennie de ce titre, tu as sorti un remix EP. Comment tu as sélectionné les artistes ?


La sélection elle s’est faite avec mon équipe. On avait cette idée de faire un EP anniversaire pour les 10 ans. Et Sacha, dans mon équipe, m’a proposé plusieurs noms d’artistes avec un univers musical riche, et qui pouvaient être intéressant pour ce projet. On a eu un super remix de Francis Mercier, et aussi un excellent de Sammi Ferrer et Chaleee. Il y a 2 autres très bons remixes, un de Marasi et un autre de Axelino et Nicolas Monier. On a également ajouté un rework. Donc pour cet EP c’est vraiment un travail avec mon équipe !

En 2020, tu sortais ton album « Heaven« , qui a malheureusement été privé de tournée avec le Covid-19. Tu as un sentiment d’inachevé autour de ce projet ?


Complètement oui. Et c’est terrible, parce que j’ai travaillé presque trois ans sur ce disque. Dessus, il y a des morceaux vraiment différents les uns des autres. Il y avait un côté un peu plus pop, un peu plus west coast. Mais je n’ai pas pu faire cette tournée : on a annulé les salles, on a annulé les festivals, et il n’a pas eu de promo. Un mois après sa sortie, on était en confinement !

Malgré tout j’en garde un très bon souvenir. Il y a quand même des morceaux qui sont sortis du lot. Je pense à « Beautiful » qui a rencontré un joli succès. C’est un beau titre, en collaboration avec Bipolar Sunshine. D’autres morceaux continuent d’être streamés, même 6 ans après, donc je suis super content. Mais ils n’ont pas percé le plafond de verre que je pensais. Mais c’est comme ça, c’est le métier de la musique.

A propos de « Beautiful » ; est-ce que la synchro c’est intéressant pour un artiste ?


Evidemment, on ne peut pas cracher dessus. Les maisons de disque essayent toujours de placer des morceaux en synchro. Et j’ai eu cette chance sur quelques titres à moi, qui ont été synchronisé sur plusieurs publicités, et dans plusieurs pays. C’est quand même une très belle exposition !

Tu disais récemment en interview que tes tournées étaient beaucoup trop intenses. Comment tu t’es rendu compte qu’il fallait lever le pied, et comme tu as réussi à le faire ?


Le problème, c’est que quand tu as du succès, tu es pris dans une espèce de spirale. En fait tu ne sais plus quel jour on est, tu ne sais plus où tu habites, etc. Et à un moment, tu fais ça de manière industrielle. Tu vas en concert comme si tu allais au bureau. C’est à ce moment là que tu dois te dire que ce n’est pas normal. Quand tu n’as plus de plaisir à monter sur scène, il y a un problème. C’est là que j’ai compris, et que j’ai fait un pas de côté. Il faut digérer tout ce que tu as vécu, en profiter et le vivre pleinement, et puis faire un break.

Après, tout le monde est différent. Chacun a sa manière de faire. Il y a des DJ’s, avec qui je suis pote, qui tournent dans le monde entier, et qui joue 3 à 4 fois par semaine. C’est leur choix, mais attention au burn out !

Et tu penses quoi de la scène électro française actuelle ?


Il y a du bon. Il y a du très bon même ! Franchement, je découvre des nouveaux talents quasiment toutes les semaines. Mais maintenant je trouve qu’il y a un manque de volonté de la part des labels mainstream, des majors, pour pouvoir essayer de créer un nouveau couloir lumineux pour cette jeunesse électro. La musique urbaine a beaucoup pris le pas, parce que c’est ce qui rapporte le plus aux maisons de disque. J’adore le rap, mais je trouve qu’il s’engouffre depuis quelques années sur une voie à sens unique. Même la pop française a du mal à trouver sa place sur les ondes radios.

Il faudrait peut-être que tout le monde se rassemble. Ce qui a créé la French Touch, le mouvement avec les Daft Punk, Justice, DJ Mehdi et tout, c’est qu’ils étaient vachement soudés. Ils étaient toujours ensemble ! Et je crois que ce qu’il manque pour cette jeunesse, c’est le groupe. Une fois qu’on aura groupé tout ça, ça fera la force, et ça intéressera les majors.

Tu penses quoi de l’arrivée de l’IA dans le domaine de la musique ?


Ça dépend pour quoi. Il y a du bon et du mauvais. Et je ne peux pas trancher et dire que c’est l’un ou l’autre. Je m’intéresse à l’IA depuis à peu près 3 ans. J’ai suivi son évolution, et j’ai même commencé à faire de la musique avec IA, pour rigoler. Je faisais des feats de Drake et Tupac, dans le même studio !

Sur Insta, je reçois souvent des démos de jeunes producteurs. J’écoute les morceaux, et je sais reconnaître quand c’est de l’IA. Donc ce n’est pas eux qui ont fait ce morceau. Tout le monde est prompteur. Tous ceux qui ont été à l’école savent écrire un texte, et dire « je veux une guitare, je veux une voix, je veux ci, je veux ça« . En revanche, tout le monde n’a pas le ressenti musical.

Ça peut être un outil qui vient en fin de production, qui vient un peu te donner la cerise sur le gâteau. Maintenant il y a la plateforme Suno, qui a beaucoup évolué. Tu mets ton morceau dedans, et tu lui demandes d’ajouter des ads, des synthés, des boucles, etc. Et finalement ça, c’est du sampling, car tu vas chercher une boucle de rythmes. Mais si tu commences à faire de la musique avec Suno, tu ne peux pas dire que c’est toi qui l’a produit.

On verra ce que nous dira le temps. Au début j’étais très choqué de la puissance de l’outil. Et finalement, on arrive vite à ses capacités quand on passe plusieurs jours dessus, car il tourne en rond. Ce qui est évident, c’est qu’à l’avenir, sur le moyen et long terme, si tout le monde fait de la musique via IA, elle n’aura plus de ressource créative pour créer de la nouvelle musique. Au bout d’un moment, la musique tournera en rond.

Qu’est ce que tu écoutes en ce moment ?


En ce moment j’aime beaucoup « We Are Not Perfect » de Alex Stalart. Tu te mets ça le matin, tu bois ton café, et même s’il pleut ou s’il fait froid, tu passes une bonne journée !

Est-ce que tu aurais des artistes à nous recommander ?


Oui j’en ai pleins ! Pour ceux qui connaissent, je suis fan du groupe Khruangbin. Je pense que je peux écouter leur musique pendant 2 ou 3 heures d’affilées, sans que ça me dérange. J’aime beaucoup Dabeull aussi ! La première fois que j’ai écouté un morceau de lui, j’ai cru que j’étais en 1983. Mais on m’a dit que c’était bien un artiste récent ! Il est trop fort, j’adore. Sinon en ce moment je me suis remis à écouter New Order, le remaster de 2015 de « Eligia« . C’est un peu plus dark mais j’aime bien !

C’est quoi ton plat préféré ?


J’adore la blanquette de veau !

C’est quoi ta prochaine grosse actualité ?


J’ai un nouveau single qui doit sortir dans trois semaines. Il s’appelle « Supernova« . C’est un morceau ‘Ibiza Style‘, mais avec ma touche très piano, très aérien. J’ai fait ce titre avec un pote qui s’appelle Axelino. C’est mon voisin à Nice, et on a été au Conservatoire ensemble. Il s’est mis à faire de la musique électro, et je pense qu’on va entendre parler de lui.

Enfin, qu’est ce qu’on peut te souhaiter pour la suite ?


A moi, rien. En ce moment tout va bien, je suis très content. Par contre ce qu’on peut souhaiter, c’est un peu plus de joie, un peu plus de paix dans ce monde. Et voilà, ça sera déjà pas mal !

On remercie énormément The Avener d’avoir partagé son temps pour cette interview. Vous l’avez compris, le producteur revient avec un nouveau projet en 2026. Après l’écoute des 2 premiers titres, ça ne présage que du bon !

En continuant à utiliser le site, vous acceptez l’utilisation des cookies. Plus d’informations

Les paramètres des cookies sur ce site sont définis sur « accepter les cookies » pour vous offrir la meilleure expérience de navigation possible. Si vous continuez à utiliser ce site sans changer vos paramètres de cookies ou si vous cliquez sur "Accepter" ci-dessous, vous consentez à cela.

Fermer