Après Amphitryon, c’est au tour de Wanbs de répondre à nos questions. Jeune DJ basé dans la métropole lilloise, nous l’avions découvert avec sa track « Evolve ». Depuis il continue sur sa lancée et il vient tout juste de sortir sa nouvelle track « Jaunt ». Rencontre avec ce qui pourrait être le futur de la scène électro française.

Salut Wanbs, avant de commencer, petit rituel, est-ce que tu pourrais te présenter aux lecteurs de Hands Up ?

Salut Hands Up ! Je m’appelle Hugo, j’ai 19 ans et je suis producteur de musique électronique depuis maintenant quatre ans. Même si ça fait deux ans que je fais ça sérieusement dans le but d’en faire mon métier.

Question qui doit en intriguer plus d’un, pourquoi « Wanbs » ?

Alors, avant je jouais beaucoup aux jeux vidéos et à l’époque je devais me trouver un pseudo pour l’un de ces jeux. Du coup, j’ai mis « Wanbs » et puis c’est resté. Il n’y a pas de signification, c’est vraiment venu comme ça.

Sur tes comptes Soundcloud et Youtube, on retrouve une phrase : « music was my first love ». Tu as donc toujours eu envie de faire de la musique ?

Oui, depuis que je suis tout petit, j’écoute beaucoup de musique. C’est vraiment quelque chose qui me tient à coeur. Quand j’étais petit, j’écoutais beaucoup Eiffel 65 et Daft Punk. Puis j’ai eu une période un peu plus axée rock, métal et vers 15 ans, je suis retombé dans l’électro.

Comment as-tu découvert la musique électronique ?

Je l’ai découverte à quinze ans quand je me suis mis à écouter des artistes comme Deadmau5 ou encore Eric Prydz avec sa track « Pjanoo ».

Qu’est-ce qui t’a donné envie d’en faire ton passe-temps et de te mettre à créer ?

J’écoutais les musiques et un jour je me suis dis : « pourquoi pas moi ? » tout simplement. Ça avait l’air vraiment cool d’en faire et du coup j’ai cherché sur youtube des genres de tuto sur les logiciels et puis je me suis mis à investir dans du matos. Depuis, tous mes Noel et anniversaires passent dedans (rires). Du coup, maintenant j’utilise Fruity Loops Studio 12, j’ai aussi investi dans des enceintes, un clavier, un casque et récemment un contrôleur pour commencer à faire des Dj set.

Du coup, tu aimerais faire des Dj set ?

Oui, je vais en faire car j’aimerais bien plus tard ramener des potes à la guitare sur scène, faire du piano mais aussi de la batterie électronique. C’est vraiment quelque chose que j’aimerais faire et je pense que je suis obligé de commencer par cela de toute façon.

Est-ce qu’on t’as déjà demandé d’animer des soirées ?

Oui mais j’ai eu mon contrôleur que cet été et j’ai pas encore eu le temps de véritablement apprendre à l’utiliser. J’attendais la sortie de « Jaunt » pour m’y mettre sérieusement. Pour en revenir à la question, j’ai récemment été contacté par une petite association qui veut que je vienne jouer en Bretagne. Je vais bientôt leur répondre mais il y a de bonne chance que ça se fasse.

Dans quelle genre électronique t’inscris-tu ? EDM ? House ? Electro posé ?

J’aime pas trop m’inscrire dans un genre. Pour moi, je fais la musique qui me plait. Malgré tout, ma musique se rapproche quand même de la « chill trap », c’est plus dans ce genre là.

Nous t’avons découvert via l’Hexagon Radio de Don Diablo où tu avais été sélectionné pour la DemoDay (lien en bas de l’article) pour ta track « Evolve ». Quel a été ta réaction quand tu as appris la nouvelle ?

J’étais super content et c’est normal (rires). Je me souviens, j’étais chez moi quand j’ai vu ça. J’avais envoyé par mail ma dernière track qui s’appelait à l’époque « You » au manager de Don Diablo pour qu’il la diffuse dans un prochain épisode de l’Hexagon Radio. Et puis, il me répond en me disant ta track « Evolve » elle est passée dans le dernier épisode. Et là, j’ai pas compris sur le coup. Mais c’était pas la première fois car « Rebirth » était déjà passée auparavant. Mais là, « Evolve » a été diffusée en tant que musique de la semaine. Il m’a carrément demandé de faire une vidéo pour dire que Don m’avait supporté, en tout cas, j’étais super heureux.

Est-ce que tu penses que c’est primordial que les grands Djs aident les autres à se lancer comme l’a fait Don avec toi par exemple ?

Oui c’est sur, ça motive à fond. C’est un coup de pouce sur le nombre de vues certes mais ce qui est encore plus motivant, c’est le fait de savoir qu’un artiste de cette envergure aime ce que tu fais et te soutiens pour que tu ailles encore plus loin.

Ou-es-tu allé puiser ton inspiration pour créer tes sonorités qui sont tout de même assez personnelles ? Cette sonorité de synthé aiguë et unique que l’on peut retrouver dans tous tes sons, ou l’as-tu prise ? Ca vient de toi ou tu es allé la chercher chez un autre artiste ?

C’est vraiment une sonorité que j’ai crée comme ça, je me suis pas dit je vais essayer de créer ça. J’étais en train de créer de la musique, je cherchais un son et grâce à un logiciel, j’ai crée cette sonorité qui est super simple en plus. Elle m’a plu sur le coup et je trouvais que ça me représentait bien musicalement donc c’était parfait et je l’ai gardé. Mais en tout cas, c’est pas une sonorité que je suis allé puiser chez d’autres artistes.

As-tu quand même des artistes qui t’inspirent? Si oui, qui sont-ils ?

Oui évidemment, en ce moment, il y en a deux surtout que j’écoute beaucoup : San Holo et Illenium. Je trouve que ce qu’ils font, c’est vraiment super. Ce sont des artistes qui font de la « trap » (mélodique surtout pour Illenium), c’est très planant et puissant à la fois. J’aime aussi beaucoup la « future bass » avec des artistes comme Graves ou Myrne. Après sur la scène française, j’aime beaucoup ce que fait DJ Snake ou dans un style un peu plus différent, j’écoute aussi Tchami et Malaa. Mais je trouve quand même qu’en France, il y a peu d’artistes qui font de la trap mélodique comme moi donc je vais chercher mon inspiration ailleurs.

Dans la plupart de tes tracks, tu mets l’accent sur la bassline et sur un beat assez poussé. Ca nous ferait presque penser à de la trap par moment, est-ce que c’est un genre que tu affectionnes, qui t’inspire et dans lequel on pourrait pourquoi pas te retrouver ?

Oui, pour l’instant, j’ai quelques morceaux trap que j’avais commencé juste pour m’amuser. C’est un genre qui me plait beaucoup, c’est très agressif, tu peux mettre des gros kicks. Pour autant, je sais pas si ces sons un peu « experimental » de la trap que j’ai produit sortiront un jour car pour l’instant, je veux rester sur ma lancée et sur mon son signature.

Dans « Evolve » et « Torii », tu intègres des vocals qui semblent sortir tout droit de discours. Pourquoi ce choix ? Quand tu ne fais pas de collaboration, tu as quand même besoin d’une voix ?

Oui c’est ça, dans « Torii », c’est un discours de Malcolm X qui parle de la jeunesse et dans Evolve, c’est un de Jim Morrison sur l’évolution de la musique électronique. Enfaite, quand j’avais crée ces deux musiques, je trouvais qu’il manquait quelque chose et comme j’aime raconter des choses à travers mes tracks, je me suis dis qu’il fallait que je rajoute une voix. Vu qu’à l’époque, j’avais pas les moyens de payer un chanteur, j’ai pris ces discours, je les ai travaillé et ça rendait bien. Mais c’est sur que j’imagine pas une chanson sans voix pour l’instant. Dans toutes mes tracks, il y a des samples de voix et même mon son signature s’apparente à une voix. Je trouve que ça rend mes musiques plus vivantes.

On parlait de collaboration, pour « You », tu as collaboré avec Stewart Wallace, un jeune chanteur, compositeur britannique. Comment s’est passé cette collaboration étapes par étapes ?

J’avais déjà travaillé avec Stewart Wallace sur certains sons il y a un an et demi si je me souviens bien. A l’époque, je l’avais rencontré sur un groupe Facebook avec plein de chanteurs, je l’avais contacté, on avait fait une première chanson ensemble, ça s’était bien passé et du coup je l’ai recontacté pour « You » car j’avais besoin d’une voix. Je suis content du résultat même si elle a connu moins de succès que les autres. C’est ma préféré de toutes mes tracks je pense

Que t’a apporté cette collaboration ?

Je sais pas trop, ce qui est sur, c’est que ça me forme pour plus tard si je devrais travailler avec des chanteurs. Même si pour « You », on a tout fait par internet car je pouvais pas me rendre en studio. Du coup, c’est lui qui s’enregistrait et qui m’envoyait tout ça sur Facebook. J’avais écrit les paroles, il les a corrigé car j’avais fait quelques fautes d’anglais (rires), je l’ai laissé chanter à sa manière en lui demandant de garder quand même ce que je voulais dire dans la chanson. Et ensuite, je suis intervenu pour lui dire ça j’aime pas, ça j’aime. Ça a mis en tout un mois je pense entre le moment où la « prod » était finie et celui où les paroles étaient dessus.

Est-ce que c’est compliqué de se dire que sa musique est terminée ?

Oui, c’est compliqué car pour moi une chanson n’est jamais terminée. Tu peux toujours rajouter quelque chose, te dire que tu pourrais faire ça autrement par exemple. Mais après tu te dis que si tu en rajoutes encore et encore, la musique sera trop chargée. Donc c’est compliqué mais généralement tu le sens quand tu arrives au bout du bout.

Depuis Phoenix, il me semble que tes tracks ne sortent pas sur des labels, pourquoi cela ? C’est la principale difficulté aujourd’hui dans le monde de la musique électronique ?

« Phoenix », c’est vraiment une musique dont je veux plus trop entendre parler car c’est ce que je faisais avant. C’était l’EDM un peu commercial et à un moment, ca m’a saoulé de faire ce genre de sons et du coup j’ai tout supprimé pour repartir à zéro avec « Torii ». Par contre, pour en revenir à la question, c’est la seule qui est sorti sur un label. J’avais parlé au label mais ça a mis six mois entre le moment ou j’ai signé avec eux et le moment où la track est sortie. Et puis quand elle était en ligne, je me suis rendu compte un mois plus tard que le label utilisait des bots (robots) pour les vues et les commentaires. Depuis cette experience, les labels, ça m’intéresse plus trop. Pour moi, si je signe avec un label, ça sera avec un gros. Donc pour l’instant, je mets mes sons en téléchargement gratuit sans copyright comme ça les gens peuvent les utiliser sans problème, c’est plus simple pour tout le monde je pense.

Comme tout, ça n’est pas venu tout de suite, créer de la musique électronique est compliqué, combien de temps as-tu mis avant de réellement comprendre comment faire ?

La première fois que j’ai ouvert le logiciel, je devais avoir 14 ans. Aujourd’hui j’ai bientôt 20 ans mais j’en apprends encore tous les jours. Quand tu compares mes musiques à celles des grands producteurs, tu sens qu’il y a une grande différence et que les miennes ne sont pas encore assez professionnelles.

Ou vas-tu chercher les noms de tes tracks (Evolve, Rebirth, Torii,…) ? Ils te viennent comme ça, rien qu’en les écoutant ?

Ça dépend, soit ça me vient en fonction de ce qui m’inspire quand je fais la musique, mon ressenti et les sentiments qui me viennent à l’esprit. Ou alors, le nom me vient par rapport à ce que j’ai envie de raconter. Trouver le nom d’une musique, c’est pas si simple que cela et parfois, je mets une ou deux heures à le trouver car je veux un titre qui signifie réellement quelque chose. Je veux pas en mettre un parce qu’il faut en mettre un. Pour Jaunt, ça m’a pris encore une fois pas mal de temps. Mais ça m’arrive aussi de commencer une musique sans avoir de titre, juste en me disant je veux raconter ça ou faire ressentir ça avec celle-ci.

Tu as récemment changé ton logo, c’était important pour toi de changer, cela signifie que tu passes réellement à quelque chose d’autre ?

Pas vraiment, c’est juste que je trouvais que mon ancien logo ressemblait à celui d’Alan Walker. Du coup, je me suis dit qu’il fallait le changer pour pas avoir de problème de plagiat. C’est surtout pour ça mais je garde quand même les deux car j’aime la forme du premier tandis que l’autre passerait mieux sur une affiche par exemple.

Qu’espères-tu pour la suite de ta jeune carrière ? Continuer à produire ? Jouer tes musiques en live ? En faire ton métier ?

Faire de la musique mon métier. C’est pas quelque chose qui se fait comme ça, en quatre ans, ça commence tout juste à porter ses fruits plus ou moins donc je vais continuer sur cette lancée. Sinon, j’ai prévu de jouer en live, il faut juste que je m’y mette et que je commence à bosser sur des Dj set pour jouer ensuite sur la scène locale et pourquoi pas internationale.

C’est ce qu’on lui souhaite ! Merci à Wanbs d’avoir accepté de répondre à nos questions  !

Propos recueillis par Paul Abran et Bastien Monbet.