Ascendant vierge était à l’affiche des Nuits Secrètes 2026, et on a pu leur poser quelques questions pour cette interview. Le duo nous parle de leurs inspirations, de leur dernier projet « AVVA » mais aussi de la popularisation de la techno !

Bonjour ascendant vierge, comment allez-vous aujourd’hui, au festival des Nuits Secrètes ?
Mathilde Fernandez : Très bien !
Paul Seul : Ça va super, ouais. Hâte de monter sur scène !
Est-ce que vous pouvez présenter votre projet musical ascendant vierge, pour les personnes qui ne vous connaissent pas encore ?
Paul : Oui, tout à fait. On est un groupe qui existe depuis maintenant 800 ans :rires:.
Mathilde : Non, depuis 8 ans !
Paul : Depuis 8 ans c’est vrai. Je pense que la manière la plus simple d’expliquer ce qu’est ascendant vierge, c’est de parler de nous deux. C’est la rencontre de Mathilde, qui écrit, qui chante, qui a une signature vocale bien à elle, et de moi-même, Paul Seul, avec des productions qui flirtent avec des styles hard music, gabber, trance, techno, mais pas que. Je pense que ça, c’est la base.
Mathilde : Oui, notre duo c’est vraiment cette rencontre entre ces deux artistes qui ont décidé de créer un binôme nommé ascendant vierge.
Paul : Je pense que ça, c’est la définition facile. Mais nous, ce n’est pas forcément ça qui nous relie. Je pense qu’il y a des aspirations communes, des thématiques, des moods où on se comprend très facilement.
Mathilde : Beaucoup de gens disent qu’ascendant vierge est un « clash » entre deux univers qui ne sont pas censés être ensemble. On retrouve une voix parfois opératique ou angélique avec des productions très dures, très techno, très hard. Alors qu’en fait, moi, j’utilise certes certaines techniques du lyrique, mais pour amener aussi quelque chose de très rock ou pop selon les morceaux. Il y a des morceaux d’ascendant vierge qui n’ont rien d’angélique, d’opératique ou même de gabber sur les prods. Paul a aussi ce côté très mélodique, parfois efficace ou mélancolique. Tout ça n’est pas antithétique. En fait, on a plus de points communs que ce qu’il n’y paraît.

Et si vous deviez conseiller un titre à quelqu’un qui ne vous a jamais écouté, ce serait lequel ?
Mathilde : « Faire et Refaire« , je pense. C’est une bonne porte d’entrée dans notre univers.
Est-ce qu’il y a un morceau dont vous êtes très fiers, mais qui, selon vous, n’est pas assez connu ?
Paul : Ces derniers temps, on prend beaucoup de plaisir à jouer un morceau qui s’appelle « De quoi ma nature est donc faite ?« . On l’a sorti un peu tout seul entre deux formats, et on l’aime beaucoup. On a l’impression qu’il n’a pas forcément été compris ou suffisamment mis en avant. Le fait de le faire en live et d’être plus à l’aise avec nous donne envie de lui donner une seconde chance, une nouvelle vie.
Si vous deviez décrire les émotions principales de ce titre en quelques mots ?
Paul : C’est très frontal. On dit souvent que l’écriture de Mathilde est « à tiroirs » ou avec des sens cachés. Mais là, il n’y a pas vraiment de sens caché. C’est un ras-le-bol. Il y a un côté – j’aime bien dire « adolescent » mais dans le sens positif –, une colère saine face à ce monde qui part en sucette. La colère est tellement forte qu’elle pourrait nous pousser à faire des dingueries. C’est une attitude saine : celle de vouloir mettre une bombe.

Vous avez récemment sorti un nouvel album qui s’appelle « AVVA » pour « Ascendant Vierge Various Artists« , qui est une compilation de remix. Pouvez-vous nous présenter ce projet et nous expliquer comment vous avez choisi ces artistes ? Comment se sont faites les rencontres et le travail sur les morceaux ?
Paul : Dans un premier temps, le lien entre notre musique et la « musique club » est assez évident. Ça fait longtemps qu’on avait envie de faire plus de remix. Parfois, on en reçoit de manière spontanée. On en avait déjà sorti quelques-uns avec Von Bikräv, DJ Schnake, Dr. Peacock… C’était un exercice déjà présent, mais on a eu envie d’aller plus loin.
C’est l’addition de plusieurs choses. Ça s’est accompagné d’une tournée des clubs où on a développé un format plus spontané et adapté au club justement. Les concerts d’ascendant vierge d’ordinaire sont très gros, très ambitieux, très « concert » (avec des horaires type 21h – 22h30). Là, l’idée était de retourner en club pour jouer nos morceaux taillés pour cet espace. Le meilleur moyen d’y arriver était de contacter notre réseau d’artistes dont on savait qu’on obtiendrait de super remixes. C’était aussi une manière d’aller parler à des gens qu’on ne connaissait pas forcément mais avec qui on voulait tisser des liens. Au final, c’est assez ambitieux : il y a 25 titres, donc 25 équipes avec qui parler. Ça a été une sacrée aventure !
« AVVA » est disponible juste ici !
Mathilde : Une sacrée aventure, oui ! Mais c’est super parce que, pendant longtemps, on a joué ces remix exclusivement en soirée. On a commencé nos soirées « AVVA » en septembre 2025. Donc de septembre à juin, les gens ne pouvaient entendre ces remix que durant nos événements. Ça nous permettait aussi d’inviter à nos côtés certains des artistes qui avaient participé au projet.
Paul : Il y avait un côté très « famille ». Il y a toujours eu beaucoup de monde autour du projet ascendant vierge. Même sur nos albums classiques on était bien entouré. « Au top » c’est coproduit par Aamourocean, un morceau comme « Défi » c’est produit par Von Bikräv, et il y en a d’autres, je n’ai pas tout en tête. On a toujours collaboré, que ce soit pour la prod ou les textes. Ce projet « AVVA » est une extension de ça.
Mathilde : Ça nous permettait aussi de montrer, surtout à nous-même, à quel point notre réseau est global. On a plein d’artistes collaborateurs qui viennent d’Allemagne, de Colombie, des Pays-Bas, des États-Unis, d’Italie, d’Angleterre, de Pologne… C’est très international, et c’est très plaisant.
Paul : Il y a aussi ce côté « multi-facettes » dont on parlait. Dans la musique électronique, on va piocher partout. Cette compilation l’illustre bien puisqu’il y a de grands écarts : on a des morceaux à 130 BPM et d’autres à l’allure de Dr. Peacock sur « Petit Soldat« . C’est ce qu’on s’autorise au sein du groupe.
Avec tout ça, il y a une collaboration de rêve que vous n’avez pas encore eu l’occasion de faire ?
Mathilde : Des collaborations de rêve, on en a pleins. Et certaines ont eu lieu et vont d’ailleurs bientôt sortir… Il faudra attendre l’automne !
Paul : Dans les trucs dont on parle depuis longtemps : Scooter. On adore le perso et la musique. On parle souvent aussi, en rêve, de Kaaris. Après, franchement, toutes les stars de la pop ou les gens qui ont des carrières très longues, je trouve ça hyper excitant de collaborer avec eux.

Le projet « AVVA » a été fait en indépendance. C’est votre premier projet en totale indé. Comment cela s’est-il passé ?
Mathilde : Le premier EP « Vierge« était déjà très indé, même si on l’a sorti ensuite avec un label allemand qui nous a soutenus.
Paul : Ce n’est pas tant une question d’être indé ou pas, c’est surtout que là, c’est nous qui avons tout fait. Il n’y avait pas de partenaire ou de label externe. Sachant que c’est notre propre label qui a porté le projet. Et notre label, et cette structure au sens large, c’est nous. On a mis notre casquette de producteurs exécutifs.
C’est quelque chose qui vous tenait à cœur ou c’est venu naturellement au fur et à mesure ?
Paul : On a tous les deux un parcours dans l’indépendant, donc on connaît l’exercice. Après, ce sont aussi des circonstances. Ça ne va pas forcément rester comme ça, mais je tiens à préciser – car « indé » ce n’est pas toujours très clair pour les gens – qu’on a toujours été indépendants dans la production de nos disques. C’est juste qu’on avait des partenaires pour nous distribuer ou nous accorder des licences. Là, c’est la première fois qu’on gérait absolument tous les aspects d’une sortie nous-mêmes.
Et ça vous a apporté quelque chose de nouveau ou ça a plutôt compliqué la tâche ?
Mathilde & Paul (en même temps) : Les deux !
Mathilde : C’est comme quand tu fais une randonnée hyper difficile : tu en chies sur le coup, mais à la fin tu es super content et tu en parles pendant dix ans à tout le monde.
Paul : Et ça rend humble sur d’autres aspects du travail. Tu te dis : « Ah, c’était quand même pas mal quand on bossait avec tel chef de projet ! » [Rires] On se rend compte de ce que c’est comme travail.

C’est quelque chose que vous conseilleriez à d’autres artistes ?
Mathilde : Oui, bien sûr. Le plus important, c’est de faire les choses et de ne pas se retrouver bloqué. On entend énormément d’artistes qui disent : « Je ne sors rien parce que ce n’est pas assez masterisé, ou « parce que je n’ai pas d’équipe. ». En fait, aujourd’hui, ça ne va pas s’arranger tout seul, il faut se sortir les doigts. Il faut sortir sa musique. Quitte à la retirer plus tard si tu ne l’assumes plus, mais c’est comme ça que ça fonctionne.
Si on attend trop longtemps en gardant la musique dans un tiroir, c’est mauvais. Le risque, c’est que quand tu sors enfin le morceau, tu es déjà dans un autre mood et ça ne fait plus sens avec qui tu es à ce moment-là. Moi, ça m’est arrivé trop de fois d’attendre six ans pour sortir un titre parce que je pensais que ce n’était pas le bon moment ou que je n’avais pas d’équipe. En fait, il faut s’autoriser soi-même à le faire. C’est le conseil que je donne à tout le monde : sortez votre musique.
Paul : Surtout qu’il y a plein d’outils aujourd’hui pour y arriver facilement. Pas d’excuses !
J’ai une question sur le fait d’exprimer et d’extérioriser les choses à travers les textes. Vos paroles sont très profondes ; ce n’est pas parce que c’est de la musique club qu’il n’y a pas de sens derrière. Est-ce que dans ton écriture, Mathilde, tu t’es déjà autocensurée ? Est-ce que tu te mets des limites sur ce que tu es prête à raconter ?
Mathilde : Non, je ne pense pas me mettre de limites dans le sens ou le fond de ce que je raconte. Par contre, je m’impose parfois des exercices. Comme des parades lexicales pour exprimer une idée sans que cela sonne « moche » à mon oreille. Parfois, ça peut me prendre très longtemps avant de trouver le mot juste pour expliciter un ressenti ou un sujet dont j’ai envie de parler. Je laisse certains morceaux en chantier pendant un moment et je les reprends plus tard. Par exemple, je donne toujours cet exemple : « Au Top » est une chanson que j’ai mis un an à écrire.
Je sentais de quoi je voulais parler, mais je n’arrivais pas à poser les mots dessus. C’est un morceau dont je suis assez fière au niveau de l’écriture. J’ai pas mal de morceaux où je suis très contente du résultat. Après, mon défaut – s’il faut se trouver des défauts et des qualités –, c’est d’être parfois un peu « scabreuse ». Mes textes de jeunesse étaient très poétiques, mais tu ne savais pas trop où ça allait. Ce ne sont pas forcément des morceaux qui sont sortis, mais ils traînent dans mes disques durs et je me dis : « Ouah, quand même, c’était laborieux. ». Mais je pense que mon écriture évolue. J’essaie d’avoir une écriture de plus en plus pop, dans le sens où les idées sont de plus en plus lisibles et directes. Tout en gardant mon petit style !
Paul : Le fait de chercher à transcender l’écriture est important, mais je pense que tous les deux, dans ascendant vierge, on s’est un peu battus contre nous-mêmes (pour le meilleur !) pour garder ce va-et-vient d’un truc pop, accessible et compréhensible. Que ce soit la place laissée au chant, aux textes, ou à l’inverse, la complexité des arrangements. On essaie d’être de plus en plus concis et précis.
Mathilde : Et surprenant ! Il faut rester surprenant car c’est la surprise qui réveille le cerveau et qui s’imprime dans la tête des gens. Ce petit truc qui te donne envie de réécouter !

En parlant de popularité, vous allez jouer sur la Main Stage du festival. On voit de plus en plus d’artistes de la scène électro et techno en tête d’affiche des festivals généralistes. C’est un mouvement qui se démocratise de plus en plus. Est-ce que selon vous, c’est quelque chose de positif ou est-ce que cela risque de dénaturer la culture techno originelle ?
Paul : Moi, je ne pense pas que ce soit forcément positif. Même si on s’inclut dedans, le fait que ce soit devenu commercial et qu’il n’y ait plus ce « rite de passage » pour découvrir la techno, ça amène un public et des attitudes différents. C’est inhérent au fait de devenir mainstream. Pour la culture techno – si on parle vraiment de ses origines, d’où ça vient et de comment elle est représentée aujourd’hui –, cette transition ne fait pas que du bien.
Après, le côté positif de la popularisation, c’est que plus de gens découvrent et aiment cette musique. C’est cool. Mais il faut que ce soit un pont : que les gens qui découvrent la techno aujourd’hui aillent chercher plus loin que la simple tête d’affiche de festival et la techno de consommation rapide. Il y a plein d’autres espaces, de scènes locales et d’autres choses à voir.
Mathilde : Je suis d’accord, car ce ne sont pas les têtes d’affiche qui sont forcément les icônes originelles du style. Ce sont parfois deux choses très différentes. Une Main Stage avec un DJ c’est cool, mais il ne faut pas qu’il n’y ait que ça non plus. Je trouve regrettable qu’il soit de plus en plus difficile pour des groupes avec des musiciens de tourner. J’en ai fait l’expérience avec mon projet solo où j’ai monté un concert où on est quatre sur scène : c’est presque imbouclable. Pourtant on ne demande pas des tarifs déraisonnables. C’est juste qu’il y a de moins en moins d’argent dans les festivals pour booker des plateaux complets qui demandent quatre hébergements, quatre transports, etc. C’est un vrai problème.
Paul : Une des autres dérives de ce côté mainstream de la techno, c’est la starification des DJs. À quel moment a-t-on besoin de voir le DJ, en fait ? À l’origine, dans les free parties, tu ne voyais pas le DJ, tu étais face au son. Et je suis DJ, donc je suis content d’être invité sur de grandes scènes, mais parfois ça va trop loin. Demander à un DJ d’avoir des vidéos dans son kit presse pour le voir lever les bras, alors qu’il y a des heures de ses mixes disponibles pour juger sa musique… je trouve ça peu intéressant.
Cette starification ne donne pas toujours lieu à une recherche artistique approfondie. Il y en a, comme les show A/V, où ça lie vraiment le son aux visuels. Et ça vient remplacer le manque de spectacle humain et d’instrumentistes. Mais pour l’instant, c’est encore assez pauvre ça, sauf pour les très gros artistes ou ceux qui ont des …
Mathilde : Lance-flammes ! « Rires ». Notre avantage, c’est qu’on n’est pas des DJs, on est un groupe de « Live Act ». Donc on glisse un peu à côté de tout ça. Au final, on se considère plutôt comme un groupe de pop.
J’ai une dernière question. Après cette tournée des festivals, qu’est-ce qu’on peut vous souhaiter pour la suite ? Quels sont vos prochains projets ?
Mathilde : Un bel album !
Paul : Un bel album qu’on vous prépare. Un classique !
Mathilde : Oui, un classique.
Nous tenons à remercier Paul et Mathilde d’ascendant vierge, de nous avoir accordé du temps pour cette interview. Un grand merci également à l’équipe presse du festival des Nuits Secrètes pour l’organisation, ainsi qu’à Marine Perun pour son implication sur l’interview. On est maintenant impatient de découvrir leur futur album !

