Juste avant son set musclé au Jardin Electronique d’Hiver, nous avons échangé sans filtre avec Todiefor. Le producteur revient sur le succès inattendu de « Pandemonium Reloaded », les enjeux qui en découlent et sa vision d’une scène en pleine mutation. Entre rap, techno et IA, plongée dans l’univers d’un artiste qui refuse la facilité.

Salut Luca, comment tu vas ?


Super bien. Je suis trop content de jouer ce soir à Lille, au Jardin Electronique !

En une phrase, c’est quoi Todiefor aujourd’hui ?


C’est une communion entre rap et électro, je dirai. Musicalement en tout cas. Et sinon, c’est la fête !

On t’a déjà interviewé en 2023. Qu’est-ce qui a changé pour toi depuis ?


Oula ! Il y a beaucoup de choses qui se sont passées. 2025, je pense que c’est la meilleure année de ma vie. Que ce soit professionnellement ou personnellement. Je me suis notamment marié cet été. On a aussi sorti un album avec Vald et Vladimir Cauchemar, qui a super bien fonctionné. Donc maintenant, je ne peux pas espérer grand-chose de plus j’ai l’impression !

Notre première interview de Todiefor (2023) est juste là !

Le succès de « Pandemonium Reloaded » vous a dépassé ?


Dépassés, je ne pense pas. Ça nous a plutôt surpris ! Avec la pointure qu’est Vald, et sa notoriété, on savait que ça allait faire quelque chose. Mais pas à ce point. Et au-delà de ça, le fait qu’un rappeur nous demande le remix d’un titre, ça arrive. Mais qu’un rappeur nous demande de remixer son album ENTIER, c’est dingue. Peut-être que je dis une bêtise, mais je pense que c’est la première fois qu’un album rap soit 100% remixé en électro.

Vald, c’est le mec qui a le plus d’idées au monde. Il part dans tous les sens ! Et je suis heureux d’être l’artisan de ses idées.

Et toi, sur le projet « Reloaded« , c’est lequel ton titre préféré ?


Le mien, ce n’est pas forcément un titre qui a bien ‘fonctionné‘. Mon titre préféré c’est « Que Des Problèmes« . C’est un remix trap et dubstep, ce que je faisais au tout début du projet Todiefor. Et je ne m’attendais pas du tout à ce que les gars adorent. Mais quand on l’a envoyé à Vald et son équipe, ils étaient en mode « C’est quoi ? Ça tue !« . Donc c’est ma petite fierté personnelle d’avoir mis de la trap dans un album comme ça !

Vous partez en tournée des festivals cet été. C’était prévu dès le début du projet ou c’est l’engouement du public qui a permis ça ?


Il faut partir du principe que tout ce qu’il y a autour de « Pandemonium Reloaded« , rien n’a été anticipé. À la base, on faisait juste une session studio. Puis on nous demande : « Est-ce que vous êtes chauds pour faire un remix ?« . Ça s’est transformé en « Vous êtes chauds pour plusieurs remixes ?« . Au final c’était « Vous êtes chauds pour un album remix ?« .

Le projet a vraiment pris vers la fin du mois de mai. Mais le ‘problème’, même si ce n’en est pas vraiment un, c’est qu’à cette période les tournées sont déjà programmées. Donc Vladimir Cauchemar tournait, moi je tournais, et surtout Vald tournait en solo pour le « Pandemonium » rap. Au final pendant l’été on a quand même réussi à trouver quelques dates communes. On a joué au Golden Coast à Dijon. À la base, c’était uniquement Vald d’annoncé, mais on a réussi à ajouter 30 minutes en plus et faire un show « Pandemonium Reloaded » à 3. On a aussi joué à l’Amnesia au Cap d’Agde. Et ce sont ces deux shows qui ont fait un peu réfléchir tout le monde. Il y avait clairement un truc à faire !

Puis pour Vald, c’est quelque chose de totalement inédit. De base, il est seul sur scène. Un truc tout con aussi, mais il a le vertige. Du coup il ne va pas dans les proscenium, il ne monte pas sur les scènes ou les booths. Le fait d’être à plusieurs, je sais qu’il s’est reposé sur nous pour la scène. Donc une fois qu’on s’est dit « pourquoi pas » faire un show commun, les demandes ont été folles.

@moodelio

On doit s’attendre à quoi pour ces shows ?


Des flammes. Beaucoup de flammes ! Beaucoup de CO2 aussi. On prépare un set exclusif aussi. Alors oui, c’est facile de dire ça, mais pour le coup on va réunir trois univers distincts. Donc c’est un tout nouveau show à créer ! Nous, les DJ’s on fait des transitions live, alors que les rappeurs ont plus l’habitude de chanter titre après titre, avec des pauses entre-temps. Il faut donc créer un univers DJ avec des transitions assez rapides, et avec un mec qui chante sur scène ! C’est assez compliqué à mettre en place, mais ça va être super.

Il y a donc eu l’album, la tournée et enfin les vinyles et CD. L’arc va t-il se boucler à la fin de l’été ?


Il y a une suite qui va sortir entre-temps. Vald l’a annoncé il y a pas longtemps en interview. On est en train de travailler ensemble sur un nouvel album qu’on espère le sortir avant la tournée. L’idée, c’est d’avoir de nouveaux titres à jouer en live. On s’est vus en studio il y a quelques jours, d’ailleurs.

Sur ce projet, on va mélanger à nouveau plein de styles : métal, rock, punk, etc.

Quand tu bosses sur un nouveau projet, tu penses d’abord à surprendre ou à plaire ?


La vraie question, c’est : est-ce qu’on s’enlise dans la facilité à reproduire les projets précédents ? Ou est-ce qu’on fait un projet différent, avec le risque que ça ne plaise pas au public ?

De base, on est vraiment trois artistes de studio. On adore créer et inventer des choses. Donc si ça plaît, tant mieux. Et si ça ne plaît pas, on retournera en studio pour faire un autre album !

Le lien entre le rap et la techno va t-il perdurer ?


Je pense que l’association entre le rap et la hard techno est possiblement temporaire. De manière plus générale, ce qu’on observe surtout, c’est une ouverture des genres. Tout va très vite. On est en 2026, et maintenant, il y a l’IA qui est capable de produire des choses génériques… mais très bien faites. Elle peut créer des morceaux pop ou rap très facilement. Du coup, je pense que ce sont les artistes talentueux, et surtout inventifs, qui tireront leur épingle du jeu. Ceux qui arrivent à créer un univers musical qui leur soit propre.

Aujourd’hui, tu es en concurrence directe avec des machines. D’après Deezer, il y a maintenant 40 000 titres 100 % générés par IA qui sont publiés chaque jour sur la plateforme. Dans un écosystème comme ça, comment faire pour exister ?

Je pense que c’est justement en proposant des choses différentes : inviter des rappeurs sur de la gabber, en français, avec un drop piano derrière… C’est ce genre de mélange qui peut attirer l’attention et rendre un projet vraiment intéressant.

Todiefor x Urumi

Justement, tu sortais récemment le remix de « Sevran » de Kaaris. Comment s’est faite la connexion ?


J’avais déjà commencé le remix il y a longtemps. Je le jouais déjà dans mes sets. Puis, en mixant lors d’une soirée, quelqu’un a posté une vidéo du moment où je jouais ce remix, et je l’ai repartagée en story Insta.

Le lendemain, je vois que Kaaris l’a repartagée, qu’il a commenté et qu’il m’a follow. Du coup, au culot, je lui ai demandé s’il voulait sortir le titre. Et il a accepté directement ! Je pense que le succès de « Pandemonium Reloaded » a aussi aidé à valider la proposition.

Vald, Kaaris, Alkapote, … C’est qui le prochain rappeur à se faire « reloaded » ?


J’aime beaucoup de rappeurs et de rappeuses. Là, mon rêve, ce serait de remixer Theodora ! Elle est trop forte, et sa carrière a pris une ascension de dingue, d’un coup. C’est fou. Mais je pense qu’elle a déjà beaucoup de travail !

Billboard France te classait comme le 2ème artiste techno le plus écouté en France. Qu’est-ce que ça fait d’être dans ce classement ?


J’étais trop content. J’ai vu la notification au réveil, donc j’ai commencé à regarder le classement. Je vois le 10e, le 9e, etc., et je ne vois pas mon nom. À un moment, je me dis qu’ils m’ont tagué sur la photo de Vladimir Cauchemar pour le clin d’œil. Et au final, je vois que je suis 2e !

Ça met une claque, surtout quand tu vois tous les artistes du classement. En même temps, il y a une part de moi qui reste plus réservée. Il y a des artistes qui font ça depuis beaucoup plus longtemps que moi et qui ont plus de notoriété. Je pense à Nico Moreno, Trym ou même Von Bikräv, qui sont vraiment très forts !

Mais ce ne sont que des chiffres : c’est le nombre de streams en France, à un instant donnée, 2025. Donc j’ai pris l’info, j’étais super content, mais je pense qu’il y a d’autres artistes qui mériteraient aussi d’y être.

@margot_ov

Est-ce que le succès influe ta manière de produire ?


Le succès, pas vraiment. Je pars du principe que faire de la musique pour 10 personnes ou pour 10 000, c’est pareil : tu fais ce que tu aimes. Mais l’attente des gens, peut-être. Est-ce que je suis aussi “libre” qu’il y a 10 ans ? Non, je ne pense pas. Je ne peux plus forcément faire tout ce que je veux. Il y a des gens qui te suivent, et si d’un coup tu sors un album jazz/blues, ça peut être compliqué.

Donc je pense qu’il y a une ligne directrice dans ma direction artistique, mais je peux quand même aller voir un peu à droite et à gauche.

Et tu t’autoriserai à retourner sur des styles que tu as déjà pu expérimenter ?


De la trap ou du dubstep ? Bien sûr, c’est mon rêve. Mais oui, je pense qu’un jour je le ferai !

Il y a 3 ans, tu rêvais de collab’ avec Skrillex. C’est toujours le cas ?


C’est toujours d’actualité ! Malheureusement, ça n’a pas du tout avancé :rire:. Mais c’est toujours l’artiste que j’aime le plus, que j’écoute le plus et que j’ai le plus envie de voir en concert. Je suis matrixé par Skrillex, il est trop fort. Personne ne peut le surpasser !

Qu’est-ce que tu dirais au Todiefor d’il y a 5 ans ?


Il y a 5 ans, on était en plein Covid. Donc je pense que je me dirais : « Bon courage ! » Blague à part, je pense que je me dirais de bosser un peu plus. Après, c’était une époque compliquée, car on ne pouvait rien faire. Je me suis un peu perdu à ce moment-là entre les jeux vidéo et le poker. Donc je suis très content d’avoir continué à faire de la musique, je t’avoue !

Tu écoutes quoi en ce moment ?


J’ai écouté la collab’ entre Angèle et Justice qui est sortie aujourd’hui (27 février), et franchement j’aime bien ! Je trouve que c’est un très bon morceau. Peut-être que j’aurais préféré un drop vraiment à la Justice, sans voix et avec des drums un peu plus vénères. Mais c’est Angèle qui les invite sur son album, donc c’est cohérent !

Sinon, je suis un peu biaisé parce que je travaille avec lui maintenant, mais j’écoute beaucoup « Abyss » de Vald. Il était dans mon top Spotify de l’année 2025 tellement que je l’ai écouté en boucle. J’écoute aussi « Subliminals » de Saint Ludo et Kasst 8. C’est une productrice italienne, et un rappeur de Liverpool. Et pour finir, j’écoute aussi « Dracula » de Tame Impala, de son dernier album !

Tu as un artiste à nous recommander ?


En ce moment, je bosse avec un artiste qui s’appelle NØNAME. Ce qui est fou, c’est qu’il produit ses morceaux et rappe dessus. Je l’ai rencontré il n’y a pas longtemps, et j’aime beaucoup ce qu’il fait !

Tu préfères Vald ou Vlad ?


Wow. Par principe je dirais Cauchemar, parce qu’on se connaît depuis 10 ans. Mais en vrai, j’aime les deux !

Quelle est ta sauce préférée pour les frites ?


Alors, je risque de décevoir, mais c’est la sauce à l’ail. Je sais que les Belges préfèrent d’autres sauces, comme la samouraï ! Mais, hot take : je ne suis pas un grand fan de frites, j’en mange peu. Je suis plutôt fricadelle, un truc bien crade. Et avec une sauce blanche !

Une dernière actu à nous partager ?


On va organiser une soirée All Night Long à Bruxelles, avec une capacité d’environ 300 à 400 personnes. J’ai demandé à ce que les tickets ne soient pas au-dessus de 15 , pour que ça reste accessible à tous. C’est une date où je ne gagnerai pas d’argent, parce qu’il y aura l’écran et le système son à payer. Mais je veux vraiment faire une fête avec tout le monde !

On remercie énormément Todiefor (aka Tiphus) d’avoir partagé son temps avec nous pour cette interview. Un grand merci également au Jardin Electronique, et à Laura pour l’accueil ! Le DJ et producteur Belge sera en tournée dans toute la France, que ce soit en solo ou avec ses acolytes Vald et Vladimir Cauchemar !