Daft Punk, c’est fini … Rendons donc hommage une dernière fois à ce groupe mythique en retraçant l’histoire complète du duo de 1993 à 2021…portrait Daft Punk

La genèse : Darlin’


C’est en 1986 que l’histoire commence. Et précisément à Paris au Lycée Carnot où deux adolescents se rencontrent pour la première fois. Guy Manuel de Homem-Christo et Thomas Bangalter ne se doutent pas jusqu’où cette rencontre va les mener.

De l’eau coule sous les ponts, et nous arrivons en 1992. Les deux collégiens sont maintenant lycéens, et comme tout bon lycéen amateur de musique, ils forment un groupe : Darlin’ (en hommage à la « Darlin » des Beach Boys), un trio composé des futurs Daft Punk et de Laurent Brancowitz.

Darlin' en 1992

Le groupe fait quelques concerts, puis aidé par le savoir-faire du père de Thomas (Daniel Vangarde, compositeur de nombreux tubes des 80’s) il parvient à sortir un EP sur Duophonic, le label du groupe anglais Stereolab.

Mais les retours ne sont pas agréables à lire : le disque ne se vend qu’à 1000 exemplaires … Et les critiques sont acerbes, particulièrement celle de Melody Maker qui qualifiera l’EP de « … daft punky trash ... ».

C’est ainsi que Guy-Man et Thomas se séparent de Laurent Brancowitz (qui formera par la suite le groupe Phoenix), et troquent leurs guitares pour une armada de gadgets électroniques.

La naissance de Daft Punk


En 1993, la France est en plein essor électronique, et la nuit parisienne vit au rythme des raves qui se succèdent semaine après semaine. Et c’est lors de leur première rave, sur le toit de Beaubourg, le 10 novembre 1992, que le duo découvre une communauté et une énergie dont ils ne soupçonnaient pas la puissance.

« On s’est dit : c’est intéressant, il y a quelque chose à faire avec la musique électronique. » – Thomas Bangalter (Daft Punk : Unchained).

Ils rencontrent à la suite de cette soirée Slam, les dirigeants du label écossais Soma. Cette collaboration mènera au premier EP signé au nom de Daft Punk en 1994 : « The New Wave ». Et si les ventes ne sont pas fameuses, les critiques se voient encourageantes, et confirment aux musiciens qu’ils sont sur la bonne voie.

Daft Punk The New Wave test pressing

Les Daft Punk sont alors inspirés par beaucoup d’artistes pour fonder un projet artistiquement stable et établi. Par exemple « Screamadelica » de Primal Screen que Bangalter décrira comme « un premier pont entre ces deux genres musicaux », faisant référence à la fusion du rock et de l’électro par Andrew Weatherall. Leur but est alors de créer des ponts musicaux entre les différents univers sonores, chose banale aujourd’hui, mais peu existante à l’époque.

Da Funk


Et c’est dans cet esprit que sort l’EP « Da Funk/Rollin’n’Scratchin’« en 1995. Les deux chansons sont un réel mélange des styles, et particulièrement à travers leur instrumentation. Les boîtes à rythmes et synthétiseurs (909, 303, …) de l’époque sont mêlées à une saturation frôlant les guitares de métal (lead de « Rollin’n’Scratchin’ ») et le public anglais, en soif de rave et de violence, accroche totalement à ces sonorités.

da funk

Daft Punk se fait un petit nom sur la scène européenne, et finit par signer chez Virgin, qui, via le label Source, les distribuera enfin en France. Mais les contrats avec Virgin sont finement négociés (merci Mr. Bangalter Senior).

Ils remettent en question la norme du contrat major-artiste. Et c’est cette liberté de production qui permettra au groupe d’imposer leur vision artistique à 100%. Cette fondation solide établit les bases qui assureront une diffusion internationale.

Dorénavant, l’aventure Daft Punk c’est Guy-Manuel, Thomas et … Pedro Winter, fraîchement promu au rang de manager. Virgin, c’est pour la distribution, et ça s’arrête là.

C’est en parallèle le début de l’heure de gloire d’une touche française que le monde nous a envié. Paris est en ébullition. Car quand Paris dort, Paris vit (« Paris is Sleeping, Respect is Burning » ).

Et de cette vie nocturne émerge une nouvelle scène : Laurent Garnier, St Germain, Etienne de Crécy, Cassius, Dimitri From Paris, Dj Grégory, Bob Sinclar, Dj Cam, … et Daft Punk.

Daft Punk Respect flyer

La consécration du premier album : Homework


Peu après Motorbass en 1996, c’est au tour du second duo parisien de dévoiler son premier album. Et c’est ainsi que le 7 janvier 1997 sort « Homework ».

C’est un succès colossal : 2 millions d’exemplaires vendus en 2 mois dans 35 pays ! Les Daft Punk acquièrent immédiatement un statut international, et entraînent toute la scène française avec eux.

cover homework daft punk

L’album, savant mélange de house et de techno entre Detroit et Chicago est composé dans le home-studio de Thomas, situé dans une chambre d’enfant à Montmartre. Il est salué par la critique, et offre au groupe une possibilité d’expansion titanesque. Daft Punk joue dans le monde entier, passant notamment par la BBC pour un set d’anthologie.

L’album est accompagné de ses singles et de leurs clips mythiques. Ainsi, Michel Gondry réalise « Around the World »Spike Jonze s’occupe de « Da Funk » et Seb Janiak de « Burnin’ ». Enfin Roman Coppola est derrière « Revolution 909″. Tous ces clips et leurs making-offs seront réunis en 1999 dans le film DAFT : A Story About Dogs, Androids, Firemen and Tomatoes. Ces clips, diffusés sur MTV, assurent la promotion de Daft Punk partout dans le monde.

Et cet univers autour du groupe attise les foules, qui viennent de plus en plus fournies lors des 40 dates de la tournée Daftendirekt (Octobre/Novembre 1997) dans des concerts entre Dj sets et live durant parfois plus de 5 heures. Toute cette folie créative sera retranscrite dans l’album « Alive 1997″, seul témoignage officiel de ces lives endiablés, enregistré à Birmingham.

Daft Punk live 1995

Les labels personnels de Thomas et Guy-Man, Roulé et Crydamoure, sont lancés en parallèle, mais c’est une histoire que nous traiterons un autre jour…

Avec « Homework », les Daft Punk décident de cacher leur visage. En hommage aux pères fondateurs de Underground Resistance, mais surtout par souci de contrôler leur image de A à Z. Cet anonymat permet de focaliser l’attention des médias sur leur musique et pas sur leur image d’étoiles montantes de la scène techno.

Daft Punk masked

Une nouvelle aventure : Discovery


Fascinés par le « bug de l’an 2000 », les Daft Punk voient dans celui-ci l’opportunité de reprendre le contrôle sur leur projet et leur image. Car s’ils étaient apparus masqués jusque-là, ce n’est que le 1er janvier 2000 qu’ils deviennent casqués, forgeant un petit peu plus leur légende en devenant les robots que l’on connaît aujourd’hui.

Le casque est donc un outil de promotion et de contrôle à la fois, et permet au duo de rendre hommage à l’une de leur références les plus importantes : « Phantom of the Paradise ». Car les costumes de Winslow Leach, personnage de l’opéra-rock de Brian De Palma influencent directement les masques conçus par Tony Gardner. Cet homme reclus, musicien acharné cachant son visage sous ce masque emblématique ne pouvait que guider la démarche artistique des deux robots qui, adolescents, regardaient ce long-métrage en boucle.

winslow leach

Daft Punk - Discovery era

Ainsi, en 2001, c’est un changement de cap pour le duo, qui se réinvente avec « Discovery ». Le deuxième album de Daft Punk, fruit de 4 ans de travail et doux mélange de house filtrée, aux accents pop 80’s, marqué par les lignes de talk-box et de vocoders, n’est pas instantanément salué par la critique. La presse spécialisée qui s’était habituée à la techno rigide et violente de « Homework » est confuse. Une partie du public des débuts lâche alors le groupe en cours de route, mais de nouveaux auditeurs sont conquis.

Et c’est réellement à partir de 2003 que « Discovery » est accepté à sa juste valeur. C’est à ce moment-là qu’est dévoilé le film d’animation « Interstella 5555″, accompagnant brillamment l’album. Un projet réalisé en collaboration avec Leiji Matsumoto, ayant coûté au duo près de 4 millions de Dollars. (Pour un retour détaillé sur le film et sur la cinématographie complète du duo, cliquez ici.)

Ce support visuel permet l’exportation de clips videos, et celui de « One More Time » en particulier va chambouler la scène américaine. Ce tube accompagné de son clip animé bouscule le top 10 américain de l’époque. Et ce single bien à part se démarque tout particulièrement de toute cette musique aseptisée.

L’album est nominé pour deux Grammys, et les tubes « Harder Better Faster Stronger »« One More Time » ou « Aerodynamic » rejoignent la majorité des playlists dance de la planète (et semblent s’y être bien acclimaté).

C’est aussi à partir de ce moment là que les apparitions des robots deviennent rares. Le groupe ne se produit pas en concert pour « Discovery » (même si on peut toujours les voir en solo, comme sur le Together Tour). « Discovery » est remixé dans la compilation « Daft Club », puis le groupe bascule dans une nouvelle ère …

Le troisième album de Daft Punk : Human After All


Le 14 mars 2005, le duo sort « Human After All », son troisième album studio. Un titre paradoxal, car si le côté humanisé des androïdes est mis en avant, la tracklist, elle, semble plus machinale qu’autre chose. Cet album, vu comme bâclé par certains, ou comme un chef d’oeuvre expérimental par d’autres, tourne la page enfantine entamée par « Discovery » et son dessin-animé.

C’est un ensemble industriel et robotique. Et malgré les singles « Technologic », « Robot Rock » ou le titre éponyme, le public ne suit pas le groupe dans cette direction artistique sinueuse. Ce dernier n’en fait d’ailleurs aucune promotion.

Daft Punk Human after All cover

Le projet est composé, enregistré et mixé en 6 semaines. Et cette spontanéité se ressent dans certains morceaux pouvant sembler plus pauvres que sur l’album précédent, à la première écoute.

Et c’est ce minimalisme qui cause le rejet du grand public. Outre la reprise machinale de « Release The Beast » de Breakwater (au bord du plagiat …) dans « Robot Rock » ou la mélancolie mélodique et répétitive de « Human After All », les morceaux comme « Prime Time of Your Life », « Steam Machine », « Television Rules The Nation », ou « The Brainwasher » (petite référence à Ozzy dans l’intro) sont violents et secs. Notons cependant la présence de « Make Love » et « Emotion » qui sont de réelles perles dans la discographie du duo.

L’album s’accompagne de clips, mais qui n’atteindront jamais le statut presque déjà culte de ceux de « Homework » et « Discovery ». Cependant, le clip de « Prime Time of Your Life » réalisé par Tony Gardner sort du lot en exposant un contenu aussi horrifique que terrorisant que vous pouvez voir en cliquant ici.

« Human After All » est donc un projet difficile à cerner, entre humanité et déshumanisation, qui fait encore débat chez les fans des français aujourd’hui. « Notre album parle de lui-même » sera la seule défense des Daft Punk à son propos. Et on y retrouve, encore une fois, cette similitude avec « Phantom of the Paradise », comme le dit Antoine Desrues pour écranlarge.com :

« Difficile alors de ne pas voir dans l’ADN du groupe l’importance de leur cinéphilie. Brian de Palma a signé avec ce chef-d’œuvre un pur objet pop, mixant Le Fantôme de l’Opéra au Portrait de Dorian Gray. Alors que Phantom of the Paradise est un film tout entier centré sur la question de l’appropriation de l’art, de Palma a réfléchi sur la question de la réécriture comme les Daft avec leurs samples.

Son spectacle total et coloré a développé avec le temps une force synesthésique essentielle dans la musique des deux Français, tandis que ces élans technologiques et paranoïaques ont pu nourrir la vision orwellienne des DJ sur Human After All. »

Daft Punk’s Electroma


Dans la continuité de ce thème, « Daft Punk’s Electroma » voit le jour en 2006. Il constitue alors le premier film entièrement dirigé par le duo. Le long métrage est tourné sur pellicule, scénarisé et produit par Daft Punk. Bangalter dirige la photographie. C’est donc la globalité de leur vision artistique de l’époque … adaptée à l’écran.

Le projet est présenté au festival de Cannes 2006, puis diffusé à minuit chaque samedi, uniquement au cinéma Panthéon de Paris, dans l’esprit des midnight movies américains des 70’s.

daft punk's electroma

Les spectateurs sont encore une fois mitigés. Le film est composé de longues séquences contemplatives, totalement muet, et accompagné d’une tracklist non composée par le groupe. Le public s’y retrouve alors à nouveau difficilement. Mais ces chansons soigneusement choisies par le duo trahissent une envie de réappropriation qui n’est pas nouvelle.

On connaît l’amour de la scène française pour le sampling, et particulièrement chez Bangalter et de Homem Christo. Ils réassemblent alors leurs références dans un produit distinct qui a pour la première fois la particularité de leur ressembler profondément.

« Electroma« , c’est l’autre partie du projet « Human After All ». Une autre face de ce dilemme qui ronge Thomas et Guy-Man depuis l’intérieur de leur casque. Et si la brutalité de l’album n’exprime pas clairement ce message et ce signal de détresse dans un monde de plus en plus artificiel, le film qui le suit sait nous affirmer l’humanité des robots.

Et si ce périple existentiel a eu un faible impact sur la majorité des auditeurs du groupe, nous verrons qu’il est toujours d’actualité presque 15 ans plus tard.

daft punk's electroma - desert scene

Alive 2007


Mais vous vous demandez probablement comment un groupe qui était en difficulté en 2006 a pu perdurer jusqu’à aujourd’hui. Et bien il a suffi d’une soirée :

« 29 Avril 2006, environ 21h, désert californien. Près de 40 000 personnes sont entassées dans une tente initialement prévue pour 10 000 d’entre eux. Les notes du thème de Rencontre du Troisième Type retentissent après une attente interminable. La foule s’enflamme, le rideau tombe, et la pyramide se réveille. »

Voici comment a débuté cet évènement qu’est le premier concert de la tournée Alive 2006/2007, que nous avons traité en détail dans un article disponible ici. C’est cette tournée qui, en plus de réinventer l’univers du concert de grande ampleur, assure au groupe la légitimité de son statut.

Le setup du duo est novateur, et met à jour drastiquement celui d’Alive 97. Du haut de l’immense pyramide de Leds, des Behringer BCR2000 contrôlent par Midi la multitude de synthétiseurs et d’outils du groupe, et des Moog Voyager assurent l’aspect filtrage et mixage. Le tout étant calibré par Ableton Live.

Cette configuration hardware/software futuriste et méticuleusement maîtrisée permet un show extraordinaire, transcendant toutes les foules qui s’aventurent au pied du prisme.

Intérieur de la pyramide de Alive 2007 - Daft Punk

Daft Punk sillonne le monde pendant plus d’un an en réinventant sa discographie à chaque show devant des hordes de fans qui se précipitent sur les places. Le groupe qui était en perte de vitesse et parfois vu comme dépassé, est désormais le leader à nouveau. Et ce show pyramidal sera la première pierre d’un nouvel édifice musical : l’EDM.

Cette bande son de folie est immortalisée à Paris-Bercy le 14 Juin 2007 dans ce qui deviendra l’album « Alive 2007″. Ce dernier remporte deux Grammys (meilleur album et single électronique), mais ironiquement perdra aux Victoires de la musique face à l’immense « Ze Tour » de Michel Polnareff (notez l’ironie). Depuis, Daft Punk et les Victoires : c’est fini.

Pyramide - Alive 2007 Daft Punk

TRON : Legacy, la réunion de Daft Punk et Disney


Dans cette continuité, le groupe se voit offrir la proposition osée de prendre part à l’aventure « TRON : Legacy ». On leur confie alors la lourde tache de passer après Wendy Carlos, qui en 1982 composa la bande originale du film originel.

Daft Punk accepte l’offre, et compose un album exceptionnel, que beaucoup considèrent comme l’une des meilleures BO de l’histoire du cinéma.

daft punk tron legacy

Le duo, féru de films de science-fiction des 70’s/80’s, rend un superbe hommage au premier film, tout en amenant sa suite dans une autre perspective, plus futuriste. Entre Vangelis, Hans Zimmer et Jean-Michel Jarre, Daft Punk assure le fond tout en explosant la forme, et dépasse le film.

Ils réapprennent à composer, sous une autre forme. Et « TRON » leur permet d’apprendre à gérer d’autres musiciens jouant leur musique. La confrontation du monde électronique et de l’orchestre symphonique n’a jamais autant fait sens. Et même si cela avait déjà été fait auparavant (Jeff Mills par ex), la véritable révolution est ici française.

Le film aura des retours assez mitigés, retombant presque aussitôt dans l’indifférence générale. Mais la soundtrack, quant à elle, restera intemporelle.

Cette confirmation apportera beaucoup à Daft Punk, qui se concentrera à la sortie de ce projet, sur son chef-d’œuvre final.

Daft Punk à son sommet : Random Access Memories


Nous arrivons en 2013, et Daft Punk n’a pas sorti d’album studio depuis 8 ans. Mais en secret, Guy-Manuel et Thomas conçoivent précieusement leur quatrième album.

Une production colossale, qui pour la première fois est basée sur des collaborations précises. Et cela, grâce au travail réalisé sur « TRON : Legacy » qui leur a insufflé la perspective qu’ils pouvaient diriger des musiciens.

« Après avoir enregistré nos trois premiers albums, nous n’avions pas de volonté de retourner en studio et recommencer un travail à deux comme auparavant. Cela aurait été une expérience bien moins enrichissante que de s’ouvrir aux autres. » – Thomas Bangalter

Le premier protagoniste externe est alors Nile Rodgers. Le guitariste de Chic est une référence du duo qui a décidé qu’il devait absolument être présent sur le disque. Un homme qui a fait le son des 70’s, qui a modelé le disco, et qui s’implante naturellement dans la direction artistique choisie. Car « Random Access Memories » prend une autre tournure que les albums précédents, en explorant de nouveaux horizons musicaux notamment.

Le groupe s’aventure dans les 70’s, et enregistre dans des lieux emblématiques de cette époque, comme Electric Lady Studios à New-York (où Rodgers a enregistré le premier single de Chic). Le son se doit donc d’être chaud, précis et authentique. Nous sommes alors bien loin du froid mécanique du précédent opus. Rodgers apporte cette touche disco et funk. Ce son qui fera « Get Lucky », « Lose Yourself to Dance » et « Give Back Life to Music ».

Bangalter et de Homem Christo prennent le meilleur de leurs expériences pour construire « Random Access Memories ». Ils tirent le meilleur des musiciens, utilisent les orchestres à leur convenance et s’accordent une liberté artistique totale. Mais ils savent quand rester simple ou quand complexifier les choses. Le tout engendre un album formidable, subtil et puissant à la fois, chaud et froid, triste et joyeux, sombre et brillant … Comme peu ont su le faire.

Le deuxième acteur externe dans la création de l’album est Giorgio Moroder. Véritable pilier de la musique électronique, Moroder est un producteur visionnaire : Donna Summer (« I feel Love » !), Blondie, Berlin, … Mais l’Italien a aussi composé de multiples musiques de films : « Midnight Express », « Top Gun », … Et c’est avec cette musique que le compositeur a forgé la culture des français, qui lui ont donc rendu hommage avec « Giorgio by Moroder« . Moroder y vient parler de sa vie. Il confie son histoire et implicite une partie de l’histoire des deux Français, qu’il a grandement influencé.

 Les Daft Punk convient aussi Paul Williams sur l’album. Et ce choix n’est pas anodin. Williams, on y revient encore, est connu pour son rôle de Swan dans « Phantom of the Paradise ». Et comme nous avons pu le citer précédemment, ce film a eu une influence énorme tout au long de la carrière des français. Encore un hommage donc, et encore une référence de leur enfance qui prend part au projet. Paul Williams est crédité sur l’émouvant « Touch », où le timbre de sa voix est mis en valeur comme jamais il ne l’a été auparavant.

Un autre Williams a aussi sa place sur l’album. Car Pharrell, que l’on ne présente plus est un ami et admirateur du groupe. Dès 2001, quand Pedro Winter lui faisait écouter « Harder Better Faster Stronger » à New-York aux cotés de Dj Mehdi et Timbaland, le producteur était émerveillé par cette force artistique. C’est d’ailleurs ce qui a mené au fameux remix de la chanson par son duo de l’époque : The Neptunes.

« Je jouerai du triangle si il le faut. Mais je veux être sur cet album » a-t-il dit. Et c’est chose faite car Pharrell mène la voie(/voix) sur les deux hits du disque.

Enfin les autres collaborateurs de cet album sont : Julian Casablancas de The Strokes, Panda Bear, Todd Edwards (déjà présent sur « Discovery ») et Chilly Gonzales. Du beau monde en somme !

Ah et comment oublier : Dj Falcon ! En effet l’ex-acolyte de Bangalter (avec le duo Together) est crédité sur « Contact ». Car même si l’on oublie souvent de le citer, « Contact » est un morceau splendide qui clôture le disque avec brio. Organisé autour d’un sample de We Ride Tonight de The Sherbs (le seul sample de l’album), c’est un pur jam électronique que les Together jouaient déjà en clôture de Dj Set en 2002 lors du Cassius & Together Tour (voir ici) !

les collaborateurs de Random Access Memories

« Random Access Memories » est auto-produit par le groupe qui ne souhaitait pas à avoir à répondre aux exigences d’une maison de disque. C’est leur premier album studio réellement enregistré en studio. Car les trois précédents opus avaient cette touche fait-maison, qui a disparu sur « R.A.M »..

Et si les premiers enregistrements semblaient désordonnés car faits en parallèle de « TRON », tout semble se rétablir quand le thème de l’album est trouvé :

« Tout au long de l’enregistrement, nous avions l’impression d’être désorganisés et de suivre un processus presque psychanalytique où rien n’est rangé ni linéaire. » – Thomas Bangalter

Ainsi, la mémoire vive est mise en parallèle avec l’humanité.  Nous voilà donc une énième fois face à la dualité des robots humains après tout. Toutefois « Random Access Memories » traite le sujet avec plus de finesse que « Human After All ».

L’album est tourné sur bandes magnétiques pour le mastering. Mais les ingénieurs du son sont si stressés à l’idée d’expédier ces bandes de Los Angeles à Portland (Maine) qu’ils décident de les apporter en main propre. Ils conduisent alors par eux-mêmes à travers tous les USA. Cette anecdote reflète le degré d’implication de toute l’équipe (restreinte) de l’album.

Random Access Memories studio tapes

Le mastering est assuré par Bob Ludwig, cador des ingénieurs de mastering dans le monde, et par Chab qui ramène une touche française au bout du projet.

Le 12 avril 2013, sur les 212 kms qui relient Los Angeles à Coachella, la promotion de « R.A.M. » a commencé. Des Billboards annoncent la sortie de l’album. Comme ceux disposés sur Sunset Street dans les 70’s pour annoncer les albums des groupes de funk et de rock. Cette publicité est méticuleusement pensée, et fait partie du projet global. Car cet album est plus qu’un fichier audio, c’est une oeuvre d’art complète sous tous les aspects. Audio, mais aussi visuel.

Billboard Random Access Memories

Et c’est donc à Coachella que le groupe décide d’officialiser son retour, avec un avant gout de « Get Lucky ». Simplement la première minute du clip accompagnée de la pochette et du nom de l’album. Le résultat ? Un buzz mondial. Cela les remet sur le devant de la scène, préparant parfaitement le terrain pour la sortie de « Random Access Memories ».

L’album est un succès titanesque. Il entre dans (presque) tous les charts du monde. Il est universellement salué par la critique. Et il est aujourd’hui utilisé comme un disque de référence pour les tests de systèmes hi-fi, au côtés de « Breakfast in America » ou « Dark Side of the Moon ».

Et ce succès est confirmé durant les Grammy Awards de 2014 où le duo rafle 5 Grammy’s, et confirme sa domination sur la musique mondiale. C’est une grande première pour un album de musique électronique. Le groupe y fait sa dernière apparition en date, accompagné de Nile Rodgers, Pharrell Williams, et …  Stevie Wonder (voir ici).

Mais malgré ce succès total, le projet Daft Punk s’est peu à peu estompé après cette cérémonie.

Daft Punk aux Grammy Awards 2014

Epilogue.


Clap de fin.

Après 7 ans d’inactivité totale, à l’exception de quelques productions externes, une résolution s’entrevoit. Le 22 février 2021 est publié Epilogue sur Youtube. La fin d’« Electroma » dans laquelle est implantée une cinématique … 1993-2021. Personne ne sait donc de quoi il s’agit réellement. Une séparation ? La simple fin du projet Daft Punk ? Aucune réponse, si ce n‘est que c’est terminé.

Dire qu’il y a 1 mois je n’aurais jamais imaginé écrire ces lignes. Car Daft Punk ce n’est plus seulement de la musique. C’est un tout, une aura mystique qui plane sur la culture mondiale, cachée dans un nuage céleste comme Zeus regarderait le globe depuis l’Olympe. Une aura que l’on croit éternelle.

Je suis né avec Daft Punk comme beaucoup d’auditeurs du duo, et je n’ai jamais connu un monde sans eux. Alors, comme la planète entière, la seule manière de combler cette absence a été l’espérance. L’espérance d’un nouvel album, d’un concert … ou plus récemment d’un signe de vie.

Mais je ne pense pas que cette fin soit triste. Combien de grands groupes ont réussi à fermer boutique correctement ? En évitant des disputes, des drames, des départs, ou des fades tournées d’adieu (pour en refaire une 5 ans plus tard ...).

Thomas et Guy-Manuel ont su terminer comme ils ont commencé : de manière réfléchie et cohérente. Et c’est peut-être la plus belle chose qu’ils puissent offrir au monde. Un dernier cadeau d’adieu, qui derrière la déchirure brutale, mène à une continuation paisible dans laquelle la désillusion a été enrobée par un point final de 7min58.

Je me dois néanmoins d’achever cet article avec une chanson. Car cette musique qui nous a bercé, guidé et ému existe encore et sera toujours présente dans ce vaste flot auditif que l’on appelle musique. Je me suis d’abord tourné vers « Veridis Quo » qui représente parfaitement l’état de la fanbase du groupe aujourd’hui. Une mélancolie bleue, croisée d’une nostalgie, infantile pour certains. Un concentré de chaudes larmes mêlé au vent glacial d’une nuit d’hiver.

Mais on ne pleure pas une légende. On la célèbre.

Et c’est ainsi que nous repartons en 1997. Nous relançons le cycle. Allumez les enceintes, sortez les stroboscopes, et vivez l’expérience complète. Un clip phénoménal signé Roman Coppola, un hymne house intemporel :

« Revolution 909« , par Daft Punk :

 

Bonne écoute !

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